Depuis trop long-temps le Directoire exécutif appelle votre attention sur la situation actuelle des postes et messageries, et sollicite, en faveur de ces établissemens d’utilité publique et particulière, des moyens prompts et efficaces qui leur rendent et l’action et la vie.

Ces services si intéressans pour les relations commerciales, industrielles et politiques, languissent dans un tel état de désorganisation, qu’il fait presque désespérer de leur rétablissement. Chaque jour les ressorts qui les faisoient mouvoir se rouillent et s’usent par le défaut de mouvement; chaque instant fait craindre l’affaissement total de ce bel édifice.

Mais si c’est sur-tout sous les rapport de son utilité que nous devons le considérer, c’est encore sous ses rapports avec nos finances. Tout le monde convient qu’avant 1790, et même 1792, c’étoit une des branches les plus productives des revenus nationaux. Aujourd’hui leur produit se réduit à zéro, et depuis trois années le trésor public a été forcé de combler le déficit énorme qui a existé entre les recettes et les dépenses. Cependant la commission des finances, après avoir sans doute balancé les obstacles par la force de vos moyens, la nécessité de l’entreprise par les avantages qui en résultoient, n’a pas craint de vous promettre de leur restauration, si vous l’opériez, un bénéfice annuel et fixe de douze millions.

C’est pour arriver à ce résultat que plusieurs projets vous ont été présentés, et qu’un rapport vous a été fait. Vous n’avez pas été complétement satisfaits des motifs ni des moyens qu’on vous a proposés, et vous avez renvoyé le tout à votre commission pour vous donner un plan plus étendu, plus clair, plus précis et mieux adapté aux circonstances et à l’état pénuriel de vos finances.

D’abord, peu d’accord entre eux sur les véritables causes qui ont produit le dépérissement des trois services qui nous occupent, les orateurs qui vous ont entretenus sur cet objet, ne l’ont pas été davantage sur les moyens à adopter pour les sauver de leur ruine totale.

Les uns ont cru voir la cause du mal dans le systême révolutionnaire, qui a imprimé par-tout son cachet destructeur; les autres, dans le mode même d’administration de ces établissemens publics, mode qu’ils trouvent inconciliable avec l’ordre et l’économie qui doivent régir de semblables établissemens; d’autres enfin, croyant qu’il ne s’agissoit dans cette importante question que d’affaires personnelles, et perdant de vue le but utile qui doit toujours fixer le législateur, vous ont beaucoup plus occupés des régisseurs que du systême des régies en lui-même: ni les uns ni les autres n’ont rempli votre intention.

De cette divergence d’opinions et de motifs ou de préjugés, il en est cependant résulté un ensemble de vues et de considérations que j’ai cru devoir analyser pour vous les soumettre, qui donnent lieu à une question sur laquelle vous allez avoir à prononcer.

Les services des postes et messageries resteront-ils en régie, ou seront-ils affermés?

Représentans du peuple, pour résoudre cette question il faut, 1o. bien se pénétrer de la nature et des détails de ces différens services; 2o. examiner soigneusement ce que c’est qu’une régie, ce que c’est qu’une ferme en administration publique; 3o. discuter quelles sont les parties des revenus nationaux qu’il est avantageux de faire régir, quelles sont celles qu’il est intéressant d’affermer; 4o. enfin, dans quelles circonstances l’un ou l’autre mode doit être adopté par un gouvernement sage et libre.

Les postes et messageries sont aujourd’hui régies par une administration générale composée de douze administrateurs. Cette administration est partagée en trois sections; cinq administrateurs surveillent dirigent; séparément les postes aux lettres, deux les relais, et quatre les messageries.