La poste aux lettres est un établissement de confiance dont l’utilité ne peut être contestée; c’est à elle, autant qu’à l’imprimerie, que l’on doit la renaissance des lettres, la propagation des lumières, les découvertes des sciences et des arts, l’agrandissement de l’atmosphère philosophique et politique, la perfection de la morale, et les développemens progressifs de l’amour des hommes pour la liberté. Le but sublime de son institution est d’ouvrir et d’entretenir des communications promptes, sûres et faciles, dans toutes les parties de la République, de manière qu’elle est comme le lien moral qui unit tous les départemens et les cantons entre eux, en même temps qu’il les rapproche du centre de l’autorité. Enfin le but de son institution est de faire circuler à moins de frais possibles, sous la garantie de la société, les pensées des hommes, les secrets des familles, les relations du commerce et les ordres du gouvernement.

La poste aux chevaux, quoique d’une utilité moins générale, moins absolue, procure de trop grands avantages à l’état, au commerce et aux particuliers, pour ne pas obtenir une très grande considération. C’est par son entremise que le gouvernement fait parvenir avec promptitude ses ordres et ses couriers sur tous les points de la République; c’est elle qui offre au commerçant, au voyageur, la facilité inappréciable de se transporter avec célérité dans tous les lieux où leur intérêt ou des affaires nécessitent leur présence.

Quant aux messageries, elles sont établies pour le transport des voyageurs et des marchandises; ce sont elles qui sont encore chargées de la circulation des fonds de l’état, et qui suppléent à peu de frais aux transports de l’intérieur, dont le maintien est ruineux pour le trésor public.

Ces établissemens intéressent donc individuellement tous les membres du corps social; le gouvernement ne peut donc mettre trop de précaution dans le choix des personnes qu’il chargera de leur exploitation, ainsi que dans le mode qu’il doit adopter pour les faire administrer. Ce mode, sans contredit, doit être le plus avantageux pour le trésor public et pour la conservation de ces services si intéressans sous tous les rapports. Sera-ce la régie? sera-ce la ferme? Chacun de ces modes est susceptible de modification.

Le gouvernement, ne pouvant exploiter par lui même, est obligé de recourir à d’autres moyens pour fertiliser toutes les branches du revenu national.

Ou il charge de l’exploitation des agens à salaire fixe, qu’il surveille et qui lui rendent compte, et cette forme s’appelle simplement régie; ou il accorde à ces agens, outre un salaire fixe, une portion d’intérêt dans les produits résultans des améliorations qu’ils procurent, et ce mode se nomme régie intéressée. S’il abandonne sa gestion et ses bénéfices moyennant une somme fixe et annuelle à des entrepreneurs, l’administration alors est en ferme. Si enfin, outre la somme convenue pour le prix du bail, il se réserve une portion dans les bénéfices excédant ce prix, c’est une ferme intéressée ou une ferme régie.

Chacun de ces modes a ses avantages et ses inconvéniens, qu’il est bien essentiel de connoître avant de prendre une décision. Nous allons les discuter l’un après l’autre, et vous les présenter sous leurs différens rapports.

J’ai cru, citoyens représentans, que, pour discuter cette question avec quelque succès, il falloit la traiter avec méthode et précision, l’assujettir à la rigueur mathématique, et porter la démonstration jusqu’à l’évidence.

En conséquence, pour éloigner tout soupçon de partialité, j’écarte tous les moyens qui peuvent favoriser les passions, les affections ou les intérêts particuliers, et ma discussion se bornera à poser des principes, à en faire l’application, et à tirer des conséquences claires, faciles et inattaquables.

Premier principe.