En matière d’économie politique, tout systême d’administration qui ne fait pas concourir l’intérêt particulier de l’administrateur, a le double inconvénient de ne presque rien produire pour l’Etat, et de tendre essentiellement à la désorganisation des services.

Deuxième principe.

Pour connoître les produits d’une branche administrative quelconque, lorsque ces produits sont nouvellement créés ou inconnus, l’expérience a consacré l’utilité de la mise en ferme.

Troisième principe.

Un bon systême économique, outre l’avantage d’assurer à l’Etat des produits certains, doit encore le débarrasser de tous les soins et de tous les risques d’une exploitation compliquée et dispendieuse; il doit présenter dans ses résultats difficulté d’introduire des abus, impossibilité d’étendre arbitrairement les dépenses, nécessité d’augmenter les recettes par celle des améliorations; il doit offrir enfin dans ses agens la responsabilité la plus rassurante et la moins illusoire.

Quatrième principe.

Tout systême, au contraire, qui expose le gouvernement à supporter le surcroît des dépenses, sans assurer le montant des recettes, qui ne présente aucun intérêt puissant qui commande l’économie et les améliorations, qui laisse à l’arbitraire le soin de régler les dépenses et l’emploi des produits, qui n’offre pour garantie réelle au gouvernement que l’observation matérielle des formes, est essentiellement un systême destructeur.

Examinons dans leur nature et dans leurs résultats les différens modes qui vous sont présentés.

Je commence par la régie, elle est simple ou intéressée. Dans la régie simple, telle qu’elle existe aujourd’hui, le produit des améliorations est pour le gouvernement; le régisseur, dont le salaire est fixe, ne risque rien de se déterminer par des considérations particulières, de se livrer à des préférences, à des partialités. Il donne ou procure des emplois plutôt à l’homme qui lui convient, qu’à celui qui le mérite: il s’occupe plus à conserver, à faire valoir sa place qu’à la remplir; et comme il est sans responsabilité, pourvu qu’une apparence extérieure d’exactitude le mette à l’abri des reproches, il croit avoir fait tout ce qu’il doit, heureux encore s’il n’est pas détourné de ses devoirs par l’avidité et le desir coupable d’améliorer son sort aux dépens de la chose administrée. Le régisseur a mille moyens de soustraire au gouvernement la connoissance des produits et des dépenses: il infirme les uns et augmente les autres, au gré de sa cupidité. Les abus, bien loin d’être l’objet de sa surveillance, deviennent l’aliment naturel de son avarice; ses bénéfices augmentent en raison des pertes qu’il fait supporter au trésor public. Voilà pour la régie simple.

La régie intéressée participe à la plupart des inconvéniens de la régie simple. Comme cette dernière, elle ne compte au gouvernement que du produit net de son exploitation; tous les frais d’administration, de constructions de réparations, les avaries, les pertes réelles ou supposées, sont à la charge de l’Etat.