[a]TABLE]
[LA VISITATION]
[LES POÈMES DE PARIS]
[LE DELIRE MATINAL]
[ENTHOUSIASME D'UN MATIN D'AVRIL]
[C'EST L'HELLESPONT, LA MER ÉGÉE!]
[LE DERNIER CHANT DU PRINCE FRIVOLE]
[LA FLOTTE ENGUIRLANDÉE]
[HYMNE A LA POÉSIE]
[LE VOYAGE IMMOBILE]
[LA DÉPÊCHE AU JARDIN]
[NOËL]
[LE FAUNE TROUBLÉ]
[LA CORBEILLE D'HÉLIOTROPES]
[LE CŒUR ÉTERNEL]
[LE PAGE]
[LES PAPILLONS]
[LE CRÉPUSCULE]
[LA PEUR DU SOIR]
[L'AUTOMNE ET LE DÉSIR]
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[LES DEUX LABYRINTHES]
[DE MON LIT]
[LE SUBLIME CACHOT]
[LE DRAPEAU DE VÉRONIQUE]
[PIROÜS ET LES SIRÈNES]
[À UNE FUGITIVE]
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[LA JOIE PANIQUE]
[L'ORGUEIL]
[LA MÉDITERRANÉE]
[LA FAIBLESSE D'ULYSSE]
[PRIÈRE DU CAP MARTIN]
[LE VISAGE]
[LA PALLAS D'HOMÈRE]
[APRÈS AVOIR RELU DES NOMS DE L'ILIADE]
[LE SÉJOUR PRÈS DU LAC]
[TROIS POÈMES]
[LE SOIR]
[LE JET D'EAU]
[LE COUPLE ET LES PARFUMS]
[LA LAMPE ET LES PHALÈNES]
[LES SOLITUDES]
[LE MONOLOGUE DE L'AMOUR]
[SUR LE VIERGE PAPIER QUE LA BLANCHEUR DÉFEND]
[LA LIBERTÉ CAPTIVE]
[L'INSOMNIE AMOUREUSE]
[LE MIROIR VAINCU]
[LES RÊVES PROBABLES]
[LA VRAIE MORT DE NARCISSE]
[ANTÉNOR A HÉLÈNE OU LES DEUX MANIÈRES]
[LE SUBTIL JASON AUX CRÉDULES ARGONAUTES]
[SEPTENTRION_]
[LE BONHEUR INCOMPLET]
[LES ARCHERS DE SAINT SÉBASTIEN]
[LES STANCES DE SEPTEMBRE]
[À MON LIVRE]
[LA VISITATION]
Cher livre inachevé qui me jaillis du cœur,
Ton poids fatal, si doux Jamais ne diminue!
Voici le soir, où l'âme est nue
De fiévreuse et d'âpre torpeur.
J'enlace avec amour auprès de la fenêtre
Les mots impétueux qui te composeront,
Et devant le beau jardin rond
Je défaille à te sentir naître.
Comme un chapeau pointu, l'immobile sapin
Cache un tronc séculaire et sur l'herbe repose;
Avant de s'enfuir, chaque chose
Contre ma poitrine se peint.
Douce expiration de la pelouse moite,
Geste perpétuel du pur jet d'eau central...
Et bientôt le grand ciel astral
Avec Cassiopée à droite!
Ah! lorsque tu descends par mon bras et ma main,
Mon livre peu à peu libre et fier d'être libre,
Quel miraculeux équilibre,
Quelle trêve jusqu'à demain!
Lorsque je me réveille et que je vois tes pages
Sur la table où s'augmente et se tait leur troupeau,
Je me les déclame tout haut
Avec quels enfantins tapages!
Alexandre, César, Pallas, Persépolis!
T'en ai-je assez rempli de tous les noms que j'aime,
Pour t'en illuminer, de même
Qu'on éblouit un jeune fils!
Ô mon livre, ce soir combien je te sens vivre!
Un fil ténu retient chaque strophe à ma chair;
Ô mon livre que tu m'es cher,
Plus que n'est jamais cher un livre
Je t'ai chassé de moi comme un immense cri
Dont l'appel enivré s'épuise et se reforme,
Et que je veille ou que je dorme
Ce cri se compose et s'inscrit.
Or, ce soir y je suis sûr de la bonne parole,
La grâce autour de moi prend l'aspect d'un laurier,
Être poète c'est prier,
La foi m'anime et m'auréole.
La Visitation frissonne autour de moi,
La nuit veut supprimer les terrestres limites:
Elles étaient par trop petites,
Pour mon incalculable émoi.
Ô mon Dieu qui ce soir m'envoyez un archange
Et pardonnez si bien que j'adore les Dieux,
Les humains Dieux mélodieux
De l'Adriatique et du Gange;
Mon Dieu, ce livre naît, et par vous et pour vous.
J'ignore la terrestre et folle comédie!...
C'est à vous que je le dédie
Et que je l'offre à deux genoux.
[LES POÈMES DE PARIS]
Pensez-vous si Virgile, ou l'aveugle divin,
Renaissaient aujourd'hui, que leur savante main
Négligeât de saisir ces fécondes richesses?
ANDRÉ CHÉNIER.