UN POÈTE

Le soir charmant et flou que la nuit brusque achève,
Est comme un ami mort qu'on revoit dans un rêve;
Un train sème son cri. Le ciel à l'horizon
Semble une pâle, immense et légère cloison,
Où le nuage met sa suave guirlande;
Tant que, si l'on était un bon Saint de Légende,
On partirait avec du pain sec et du miel
Pour le rivage heureux où Ton touche le ciel.
L'herbe jeune et crépue est une brebis verte;
On voit le salon clair par la fenêtre ouverte.
Éros, qui se promène avec des pieds mouillés,
Répare son carquois rempli de fers rouillés,
Et laisse en paix mon cœur meurtri par ses saccages.
Les arbres sont peuplés comme de grandes cages;
Le parfum pleut sur moi d'un vernis de Japon;
La terre a la fraîcheur d'une berge ou d'un pont,
Et je vois, longuement et sans un geste d'ailes,
Ces petits voiliers noirs que sont les hirondelles
Cingler sur un flot pur vers d'invisibles ports.
Émotion divine! Adorables transports!
Mon esprit allégé, pour le rêve appareille!
Cent mille bruits confus me tournent dans l'oreille;
Ma chaise longue est là.—Le Monde est alentour!
Je me sens au sommet d'une impalpable tour
Que n'atteindra jamais la laideur ennemie!
L'air parfumé m'enroule ainsi qu'une momie,
Je sens ses linges fins me coller aux genoux;
Ma main gauche, qui pend parmi les rosiers mous,
Trouve la douceur souple et lourde qu'on remarque
Lorsqu'on laisse traîner son bras hors d'une barque,
Dans le calme chauffé des lacs italiens.
Je ne veux plus ce soir de terrestres liens,
Ma joie est un jet d'eau qui jamais ne retombe!
Un prodige inouï m'évitera la tombe;
On est mort avant moi, mais sait-on si je meurs?
L'avenir plein d'appels, de drapeaux, de rumeurs,
Est un royaume ouvert que mon désir pavoise!

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Ô calme, ô tout petit jardin de Seine-et-Oise...

UN SOLITAIRE

Dans la chambre, un beau soir qu'on remarque et qu'on orne,
Plein de l'espoir fugace et du doute obssesseur,
Recevoir comme un coup le choc de l'ascenseur...
S'évanouir pour une auto qui passe et corne...
Et regarder, honteux d'être son confesseur,
Le bouquet inutile auprès du fauteuil morne.

LA PENDULE

La ville est loin. Ici tu n'attends que la nuit.
Laisse les souvenirs, demeure avec l'ennui,
L'épouvantable Ennui!

LE BOUQUET

Je m'endors dans mon vase...