IIe livre des Psaumes.


LES ARCHERS

Comme il est beau! Regardez-le!
Son corps, si net sur le ciel bleu,
Sur une hanche penche et ploie;
Sa chevelure en doux métal
Brille sous le soleil brutal
Comme un petit casque de soie.
Il semble, immobile et lié,
Un fruit mûr contre un espalier
Où s'amassent des guêpes fourbes;
Et ces guêpes fourbes c'est nous,
Qui plions nos faibles genoux
Pour mieux tendre nos grands arcs courbes.
On dirait que des jeunes gens,
Vainqueurs cruels et diligents,
Veulent venger toutes leurs larmes;
Et qu'ils ont capturé l'Amour,
Afin de pouvoir, à leur tour,
Le percer de ses propres armes!
Il est là, muet et debout.
Le sol crépite, le ciel bout,
La chaleur s'étire dans l'herbe;
Il va falloir à quelques pas
(Pourvu qu'il ne gémisse pas!)
Tirer sur notre frère imberbe.
Un pâtre chante au fond du val;
Notre chef calme son cheval.
Parmi le tourbillon des mouches.
Son Dieu vaut-il donc tous nos Dieux?
Car nous n'osons lever les yeux
Et la peur fait trembler nos bouches!
Son corps robuste et sans défaut
Tient la place exacte qu'il faut
Dans l'ordre universel du monde.
Nous avons vingt ans tous les vingt,
Mais lui seul est jeune et divin
De ses pieds à sa tête blonde!
Et c'est dans ce beau torse nu,
Que nous avions jadis connu
Si preste aux combats inutiles,
Dans ce torse aux souples attraits
Que nous allons planter nos traits
Pareils à de volants reptiles!
C'est, jaillis hors de cette chair
Et de ce cœur qui nous est cher,
Ce cœur dont sa poitrine bouge,
De ses bras liés sur ses reins,
Que de chauds ruisseaux purpurins
Le ceindront de leurs mailles rouges!
Il le faut, l'Empereur le veut;
Faisons l'épouvantable vœu
De trouver, au signal, la force,
Et de le laisser plein de sang,
Comme un Marsyas innocent,
Cloué contre la rude écorce!
Peut-être il pense à tous nos noms,
Aux provinces d'où nous venons,
À sa puissance avant la geôle!
Au parc, où lorsque le soir naît,
Notre Empereur se promenait
Avec la main sur son épaule...
Peut-être, envahi de douceur,
Il retrouve comme une sœur,
Une époque lointaine et bonne;
Et que, sous l'arbre qui le tient,
Il est le petit Sébastien
Dans une maison de Narbonne.
Voit-il seulement ses bourreaux?
Ses cils lui font de doux barreaux,
Son cœur est ivre de délire!
Au lieu de vingt cruels archers
Aux arcs pareils et rapprochés,
Croit-il voir des porteurs de lyre?
Comme il attend! Comme il attend!
La main de notre chef se tend,
C'est l'ordre fatal qu'il nous crie!

SÉBASTIEN

Jésus!

LE CHEF

Pas de sensible émoi,
Marchez deux par deux; suivez-moi,
Ne vous retournez pas.

SÉBASTIEN

Marie!