Aimer et être aimé, voilà l'idéal. Pourvu, par exemple, qu'il s'agisse de la même personne. Le contraire arrive souvent. Petitcopain aimait et il était aimé. Seulement, il était aimé d'une élève de laboratoire et il aimait Stopwell. Son amour l'ahurissait.

Il était victime des pénombres où les sens rencontrent le cœur.

Cet amour flattait Stopwell. Il n'en laissait rien voir. Il rabrouait le pauvre petit. «Ça ne se fait pas», disait-il, en réponse aux moindres caresses enfantines. Ou bien: «Vous n'êtes pas propre, vous savez. Lavez-vous. Baignez-vous. Frictionnez-vous. Vous ne vous baignez jamais. Si on ne se baigne pas on sent mal.»

Souvent, les reproches de Stopwell étaient une manière de taquineries anglaises. Mais Petitcopain ne connaissait que l'A B C du rire et des larmes. Il ne comprenait pas. Il se croyait sale, vicieux et idiot.

Un soir que Petitcopain, assis au bord du lit où Peter Stopwell fumait, lui posait religieusement sa main sur l'épaule, Stopwell le repoussa et lui demanda s'il était une fille pour se pendre au cou des hommes.

Petitcopain fondit en larmes.

—Ah! dit Stopwell, en allumant une cigarette au mégot qu'il jeta n'importe où, vous êtes toujours en train de supplier, de pleurer, de frôler, de caresser. Vous feriez mieux de sortir avec des filles. On en trouve pour cinquante centimes derrière le Panthéon.

Maricelles était sixième fils d'une famille de hobereaux chétifs. Sa constipation maintenait interminablement cet albinos dans un endroit qu'il rendait inaccessible. La règle était chez les Maricelles que la seule patience doit résoudre de pareils problèmes, le plus jeune frère étant mort d'une rupture d'anévrisme, pour avoir voulu forcer le destin.

—Vous autres Français, disait Stopwell à Petitcopain, vous aimez les saletés. Molière ne parle que de purges.

Petitcopain baissait la tête et n'osait franchir le seuil ridicule.