Mahieddine Bachtarzi, Turc d'origine, arborait le tarbouche. Il en possédait un rouge, un de fourrure grise, un d'astrakan. Il était grand, gras, puéril. Ses cartes de visite portaient un titre étrange:
MAHIEDDINE BACHTARZI
Inspecteur
Il écrivait des poèmes, il respirait de l'éther. Un jour que l'odeur d'éther devenait trop forte, Jacques entra chez lui et le trouva, son tarbouche sur la tête, assis sur le rebord de la croisée ouverte, la lèvre baveuse, se fermant la narine gauche d'une main et, de l'autre, appuyant contre la droite un flacon de pharmacie. Sans entendre Jacques il oscillait, assourdi parles cigales glacées de la drogue.
Était-ce là le milieu de rêve pour une mère délicate, redoutant les microbes et les courants d'air?
Jacques venait, après quelques jours revêches, de prendre sa place dans la boîte Berlin, lorsqu'un intermède tragicomique troubla le calme. Petitcopain tomba malade, et d'une façon qui ne laissait aucun doute sur l'origine de ses douleurs.
M. Berlin le confessa. Il sut que le pauvre enfant avait suivi les conseils de Stopwell, à la lettre. Petitcopain sanglotait.
—C'est incroyable, s'écriait Mme Berlin. Mais il ne fallait pas que la chose s'ébruitât.
Jacques allait chaque jour lui rendre visite. Un soir, d'une voix blanche, Petitcopain le supplia de demander à Peter pourquoi il n'était jamais venu dans sa chambre.
Stopwell, dans un nuage, annotait Auguste Comte.
—Pourquoi, dit-il, mais parce qu'il me dégoûte. Croyez-vous que je veuille voir un garçon qui se couche avec des filles malades. Moi je ne me couche avec personne.