Les voisins de la rue de l'Estrapade vécurent étrangers l'un à l'autre.

[III]

L'art, principalement le pire, est à Paris un enlève-taches magique. Il ne les lave pas, il les monte. Dès lors, une mauvaise réputation, mise en vedette, devient aussi avantageuse qu'une bonne. Elle exige les mêmes soins. Beaucoup de femmes entretenues se font immuniser par la scène. Le théâtre est une taxe qu'elles payent. Mais il dérange leur industrie.

Après la cure de théâtre, Germaine et Louise se donnèrent vacances. Elles les prirent longues. L'art ne les nourrissait pas.

Germaine avait un amant riche, si riche que son seul nom signifiait richesse. Il s'appelait Nestor Osiris, comme une boîte de cigarettes. Son frère Lazare entretenait Loute, sœur cadette de Germaine.

Germaine était tendre et volontiers eût envoyé Osiris au diable, mais la sœur veillait au grain.

Elle vit Jacques d'un mauvais œil, malgré que de son côté elle trompât Lazare avec un peintre. Elle savait que sa sœur n'apporterait aucune prudence à ce manège et elle en redoutait les suites.

Elle ressemblait à Germaine comme au marbre son moulage en plâtre. C'est dire qu'elles étaient pareilles, sauf tout.

Malgré l'atmosphère détestable qu'il respirait depuis sa crise, le cœur de Jacques restait intact et capable d'ennoblir n'importe quoi.

Germaine tirait sa fraîcheur du fumier. Elle s'en repaissait avec une gloutonnerie de rose; et, de même que la rose offre le spectacle d'une bouche profonde qui puise son parfum chez les morts, de même son rire, ses lèvres, ses joues, devaient leur éclat aux krachs de la Bourse.