Avant que notre livre ne débute, Louise dansait à l'Eldorado. Quatre collégiens allaient l'y applaudir et lui lancer des bouquets de violettes. Le premier janvier, ils voulurent lui donner un pendentif. Le filou de la bande escamota une émeraude chez une vieille parente. Il accepta naïvement qu'on tirerait au sort celui qui l'offrirait. Le sort désigna le plus timide. Louise remercia d'une caresse. Ils se dirent qu'une émeraude chez une actrice est une goutte d'eau dans l'océan. Ils oubliaient que l'océan existe à force de gouttes d'eau.

Longtemps après l'épisode qui ferme notre livre, le timide, devenu diplomate, rencontra Louise. On remua des souvenirs.

—Vous savez, dit-elle, la fausse émeraude? Je l'avais donnée à ma mère. Elle la portait toujours. Elle a voulu être enterrée avec.

Le diplomate lui avoua le vol et que l'émeraude était véritable. Louise pâlit.

—Pouvez-vous me le jurer? demanda-t-elle. Et il n'osa jurer parce que Louise venait de prendre une figure de fossoyeur.

Revenons rue Montchanin.

Les deux couples fréquentaient un skating. Ils y allèrent. Ils connaissaient les professeurs et le barman.

Un jeune homme au visage de blanchisseuse, qui portait une cape et un collier de perles, se promenait entre les tables, souriait aux uns, bousculait les autres, criait qu'il avait mal au cœur à force de tourner. Sa voix apprise ressemblait aux courbes ridicules du modern-style.

Ce monstre se fût fait lapider n'importe où. Là, il était fétiche. On le cajolait, on se sentait fier qu'il vous adressât la parole. Il serra la main de Germaine et de Louise, fit aux hommes un geste de grande coquette.

La moitié d'ombre de Jacques envoyait en vain à sa moitié de lumière un esprit d'inconfort moral. Il avait adopté un rythme boiteux. Il s'y complaisait. Il longeait les toits sans vertige, avec une démarche de somnambule.