Le jeune Maricelles, à force d'espérer, assis près d'une lucarne, comme une princesse dans sa tour, était tombé malade. Il se soignait au château de Maricelles, par Maricelles Les-Maricelles, adresse suffisante pour divertir les pensionnaires et défrayer la conversation à table.

Un mercredi de novembre que Germaine et Jacques avaient rendez-vous avec Bachtarzi chez Louise, ils y virent une petite dame maigre, sans chapeau, portant un pendentif d'émeraude, assise dans le salon. C'était sa mère. Jacques reconnut avec stupeur Mme Supplice, la concierge de la rue Daubigny. L'immeuble appartenait à un des ex-protecteurs de Louise. Germaine ne lui en avait jamais ouvert la bouche.

—Bonjour, Madame, dit Germaine. Vous en avez une robe! Louise est là?

—Non, répondit la concierge d'une voix monotone, mademoiselle n'est pas encore rentrée.

Ils s'assirent. Ils toussèrent. Mais Mme Supplice s'apprivoisait vite. Elle se lança dans un éloge de Mahieddine, qu'elle croyait prince turc.

Du reste, Mahieddine, assez timide en face des personnes de tête et qui leur cachait sa littérature, perdait tout contrôle avec les fournisseurs et les naïfs. On devinait à travers les phrases de Mme Supplice, débitées sur une ligne sans points ni virgules, les contes qu'il devait lui conter faute de pouvoir éblouir plus haut.

Jacques n'osait regarder Germaine. Il eût été bien surpris de voir qu'elle ne riait pas. Elle souriait. Elle se leva.

—Brave mère Lili, s'écria-t-elle, toujours la même! et elle lui tapa familièrement sur le genou.

Louise et Mahieddine rentrèrent. Ils paraissaient ennuyés de la rencontre, Mahieddine surtout.

Un écrivain peut-il plier au milieu de son livre une histoire qui en déborde? Oui, si cette histoire souligne un personnage. Or il importe de souligner que Louise était bonne fille, mais une bonne fille Supplice-Champagne.