Louise recevait Mahieddine chez elle. Les deux complices se retrouvaient devant la grille du Parc Monceau et attendaient le premier métropolitain.
Ce départ de guillotinés n'avait rien de drôle. Ils somnolaient parmi les ouvrières qui se rendent au travail.
Duper le professeur, ne demandait pas grande malice. Il ne voyait rien et ne voulait rien voir. L'exactitude des élèves à son cours et celle des mensualités suffisant à ses exigences.
Sa femme, elle, voyait. Elle voyait de travers. Elle était convaincue que Jacques, épris d'elle, incapable de tromper son maître, fuyait sa présence et s'étourdissait avec des filles du Café Soufflet. Elle approuvait l'Arabe de le surveiller.
Chaque dimanche, Stopwell trouvait un ressort mystérieux pour gagner les épreuves de saut. En semaine, il était une loque, guettait le facteur qui devait toujours lui apporter un chèque, vivait dans un nuage de pipe et de théière. Son grand corps jonchait la chambre. Après dîner, il passait un costume de foulard et s'endormait comme une masse, intoxiqué de tabac.
Petitcopain servait ce despote avec le regard des jeunes filles qui soignent les fous dans les hôpitaux. Il se partageait entre cet office et le poste de guetteur, qu'il tenait au compte de Mahieddine.
Il n'en voulait pas à Peter. Il découvrait sous son attitude une foule de faiblesses dont il ne comprenait pas la nature, mais à cause de quoi il le devinait vulnérable. Il flairait, avec l'arôme du tabac blond, la poésie de l'Angleterre.
Il aimait Stopwell comme les Latins subissent peu à peu la ville aux joues de santé rose, au cœur de charbon noir, Londres, ce pavot qui endort.
Il aimait chez lui du sommeil, un échiquier royal, des biches sur l'herbe, des ducs qui épousent des actrices, des Chinois au bord de la Tamise.
Les rares paroles de Stopwell étaient pour louer Oxford, paradis des collèges et des boutiques, où se trouvent les meilleurs hellénistes et les plus beaux gants du monde.