Comme Germaine refusait d'aller seule à la ferme chercher le corps, Jacques demanda rue de l'Estrapade un congé exceptionnel. Nestor prêterait sa voiture qui tenait mieux la route que la limousine. Le fourgon les devança d'une demi-journée.
Ce voyage à la ferme ne valait pas l'autre. Le chauffeur avait une petite glace lui permettant de voir dans son dos. Il importait qu'on se méfiât.
Germaine organisait le retour. Elle aimait sa mère. Elle la logerait à Paris une quinzaine. Elle louait au-dessus de son appartement trois pièces qui servaient de garde-meuble. Ordre était donné de descendre quelques meubles dans la lingerie et de garnir les trois pièces avec le reste. Mme Râteau posséderait son petit chez soi.
Sa fille calculait, projetait, s'attendrissait.
Incapable de feindre, sauf avec Nestor, elle ne versait pas une larme sur un père ivrogne qui l'avait trop battue. Elle voyait sa mère délivrée.
Mme Râteau vint à leur rencontre. Elle pleurait; d'une main tenant un mouchoir, de l'autre un éventail espagnol.
Depuis qu'elle ne travaillait plus elle se laissait pousser les ongles et, ne sachant où mettre ses mains, ne quittait jamais cet éventail. Son corps ressemblait au sac de loto. Elle avait des traits réguliers, ordinaires, de la couperose et une perruque blanche accusant son teint de juge anglais.
Sa fille présenta Jacques. La veuve leva sur lui l'œil des personnes atteintes du mal de mer.
Le cercueil occupait la salle où le jeune couple avait déjeuné, lors du Tour du Monde.
Germaine se tira de son rôle avec tact. Elle décida que Mme Râteau monterait dans l'automobile et que le fourgon suivrait.