Chaque fois que le mot fourgon était prononcé, Mme Râteau secouait la tête et répétait:
—Un fourgon... un fourgon.
Le retour fut pitoyable. Germaine frappait aux vitres. Elle modérait le chauffeur pour que M. Râteau pût suivre.
Tout à coup, elle se retourna, regarda par la lucarne et s'écria:
—Où est-il?
La route s'étendait à perte de vue, sans fourgon.
Ils firent halte et rebroussèrent chemin à la recherche du corps. On le retrouva. Il était en panne sur une traverse. Il s'agissait de changer une roue. Le cric fonctionnait mal. Jacques et le chauffeur durent se mettre à la besogne.
Après une heure de lutte que Mme Râteau encourageait en hochant la tête, fourbue de hoquet et de larmes, ils repartirent.
Par bonheur, le silence de Jacques énervait Germaine et elle le déposa rue de l'Estrapade, ce qui fait que les conducteurs des pompes funèbres purent un instant croire qu'ils conduisaient au Panthéon un mort illustre.
Le deuil de Mme Râteau occupa les couturiers et les modistes en vogue. Germaine, trouvant respectable d'avoir une mère veuve, la montra. Elle la conduisit chez ses fournisseurs. Mme Râteau goûtait ce luxe. Partout elle chiffonnait du crêpe. Elle en eut des robes, des peignoirs, des mantelets, des toques, des capes et des capelines. D'ailleurs, elle soignait son deuil et ne sortait jamais s'il menaçait de pleuvoir. Car, disait-elle, le crêpe, c'est déjeuner de soleil.