Mais, de même que sur les catafalques on n'hésite pas à poser une gerbe de couleurs vives, Mme Râteau ne renonçait pas à son éventail.

Un dimanche que Germaine l'emmenait à Versailles infligeant à Jacques cette corvée, le silence qui régna dans l'automobile jusqu'à la porte du Bois de Boulogne lui permit d'étudier l'éventail.

Il représentait la mort de Gallito.

Rien ne ressemble plus à un coucher de soleil qu'une corrida. Le taureau, inclinant gracieusement son cou puissant, son front large et frisé d'Antinoüs, regardait la foule et enfonçait sa corne droite dans le ventre du matador à la renverse. Au second plan, à gauche, un picador, sur un cheval ensanglanté, pareil au Christ d'Espagne, car on lui comptait les côtes, essayait de piquer la bête naïve qui secouait à l'encolure un bouquet de banderilles. Un homme escaladait l'enceinte à l'extrême gauche et, comme l'archer d'Egine qui, dit-on, tire à genoux pour remplir un angle, un valet des arènes, bossu, remplissait l'extrême droite avec sa bosse.

Jacques s'ennuyait. Le crêpe l'intimidait. Il n'osait prendre entre ses jambes les genoux de Germaine.

—Gallito, se répétait-il stupidement... Gallito, Gai, gai, gai. Et ce gai lui rappela les vers de Victor Hugo:

Gall, amant de la reine, alla, tour magnanime, Galamment, de l'arène à la Tour Magne, à Nîme.

Aussi, les récita-t-il, à mi-voix, comme on fredonne.

—Qu'est-ce que tu récites? interrogea Germaine.

—Rien. Je me rappelais deux vers de Victor Hugo.