Il pense encore à cet Anglais qui se suicide après avoir écrit: «Trop de boutons à boutonner et à déboutonner, je me tue.» Car Jacques déboutonnait sa veste.

Attendre. Attendre quoi? Jacques aurait bien voulu attendre quelque chose de net, simplifier son attente. Il ne croyait pas, ou il croyait sous une forme si confuse que sa mère, le considérant comme un athée, priait pour lui.

La croyance vague fait des âmes dilettantes. Or le dilettantisme est un crime social. Il croyait trop. Il ne limitait pas ses croyances et ne les précisait pas. Limiter ses croyances donne un état d'âme, comme préciser et limiter ses goûts en art, donne un état d'esprit.

Il se regarda. Il s'infligeait ce spectacle. Nous sommes pleins de choses qui nous jettent à la porte de nous-mêmes. Depuis l'enfance, il ressentait le désir d'être ceux qu'il trouvait beaux et non de s'en faire aimer. Sa propre beauté lui déplaisait. Il la trouvait laide.

Il lui restait des souvenirs de beauté humaine comme des blessures. Un soir, à Mürren, par exemple. Au pied de la montagne, on boit vite une bière froide qui vous fracasse les tempes à bout portant. Le funiculaire part entre les mûriers.

Peu à peu, les oreilles se bouchent, le nez se débouche; on arrive.

Jacques avait onze ans. Il revoit un prêtre qui a perdu sa malle, le demi-sommeil, l'hôtel embaumé de résine, l'arrivée sale dans le salon où les dames font des patiences, où les messieurs fument et lisent les journaux. Tout à coup, pendant la halte devant la cage de l'ascenseur, l'ascenseur descend, dépose un couple. Un jeune homme et une jeune fille aux figures sombres, aux yeux constellés, riant et découvrant des mâchoires superbes.

La jeune fille porte une robe blanche avec une ceinture bleue. Le jeune homme est en smoking. On entend un bruit de vaisselle et l'odeur de cuisine empeste les corridors.

Une fois dans sa chambre qui ouvre sur un mur de glace, Jacques se regarde. Il se compare au couple. Il voudrait mourir.

Dans la suite, il connut les jeunes gens. Tigrane d'Ybreo, fils d'un Arménien du Caire, collectionnait les timbres et confectionnait d'écœurantes sucreries sur une lampe à essence. Sa sœur Idgi portait des robes neuves et des souliers éculés. Ils dansaient ensemble.