—Où courez-vous? Par exemple! Si je m'attendais à vous voir. Germaine m'avait dit que votre famille vous séquestrait à la campagne. Entre nous, je vous traitais de lâcheur. Je me demandais ce que nous avions bien pu vous faire. Vous nous avez brûlé la politesse.
Jacques bredouilla qu'il avait été très malade, qu'il arrivait de Touraine, qu'il passait un jour à Paris.
—Un jour à Paris! Je ne vous lâche pas. Venez prendre le vermouth avec moi.
Le bureau des Osiris était à quelques mètres, rue de Richelieu.
Pendant que Nestor ouvrait, se débarrassait, cherchait le vermouth et les verres dans un placard, Jacques vit, sur la cheminée, une photographie récente de Germaine. Ses yeux se remplirent de larmes.
—Vous avez bonne mine, mais vous êtes pâle; buvez, dit Nestor. Le vermouth remonte les lymphatiques. Fumez-vous? Non. Moi je ne fume plus. Je suis au régime. Regardez mon ventre.
Il s'installa dans un fauteuil de cuir et croisa les jambes, tenant son pied de la main gauche, son verre de la main droite.
—Sacré Jack! Germaine avait beau me répéter que votre famille vous forçait à partir en cinq sec, je me demandais si vous ne boudiez pas. Sait-on jamais avec Germaine? Elle est si taquine. Elle sera bien contente en apprenant que je vous ai vu. Vous connaissez notre dernière toquade, notre grand favori? Non, c'est vrai, vous ne connaissez rien. Je vous le donne en mille... Mahieddine! Oui, mon cher, Mahieddine. On ne jure plus que par Mahieddine. Mahieddine est un poète. Mahieddine est beau. Vous voyez qu'elle ne change pas.
Jacques n'attendait pas le nom de l'Arabe. Sa surprise réjouit Nestor. Il se claquait le pied et riait.
—La mode tourne. J'en vois passer. J'en vois passer. Germaine fume des cigarettes à l'ambre, elle mange du loucoume, elle brûle des pastilles du sérail. Tout ce qui me dégoûte. Moi, je suis un vieil imbécile. Mahieddine a toujours raison. Remarquez que si je lui imposais mon bazar elle n'en voudrait pour rien au monde. Voilà la femme. Voilà Germaine. Je la laisse libre. Nous ne la changerons pas.