Que vous ai-je promis? Apprenez qu'un bon livre ne donne jamais ce qu'on en peut attendre. Il ne saurait être une réponse à votre attente. Il doit vous hérisser de points d'interrogation.

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Revenons au souci du tic qui consiste à dire n'importe quoi d'une certaine façon.

Voici Barrés. Son tic sera la phrase voluptueuse, célèbre d'avance, l'épithète juste mais rare. La mort de Jules Tellier lui laisse un souvenir insupportable. Tolède sera parmi les choses les plus ardentes et les plus tristes du monde. Grenade sera un des oreillers les plus mols du monde. Ainsi de suite. Un fil de fer trouant et pressant de grosses roses l'une contre l'autre. Ainsi, le style de Barrés, sans trêve, sans effets, puisque l'effet se place à chaque ligne, ce style, à la fois si savoureux et si mort, ce style de gourmet funèbre, nous fait-il penser aux cadavres gonflés de miel des embaumeurs grecs.

La gloire est son hatchich.

À l'encontre, et puisque nous en sommes au hatchich, dans les Paradis artificiels, livre qui risquait d'être si excentrique, voyez comme le style de Baudelaire trouve de relief, de luxe, à suivre étroitement l'objet de son étude. Il cherche la façon la plus sûre de convaincre. Alors que certains endroits des Fleurs du Mal nous gênent comme une prose abîmée, se démodent à cause du style a priori qu'exigent les vers, les Paradis artificiels ne portent aucun des colifichets par quoi les modes s'affirment et prennent du ridicule, Baudelaire n'ayant pas cherché à y vêtir un corps avec recherche, mais à en souligner les contours.

C'est, me direz-vous, l'apologie de la prose et le procès de toute poésie. Non. Débarrassée des épithètes et des images d'après quoi le monde a coutume de la reconnaître, la poésie, plus concise, plus construite, plus dessinée que la prose, tirant de la rime ou des contraintes de rythme une perpétuelle surprise aussi mystérieuse et fraîche pour le poète que pour le lecteur, la poésie cessera enfin d'être une prose en robe du soir.

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Notre siècle est pourri de littérature. Encore plus, lorsque de récents hoquets lui en vinrent et qu'à flétrir la littérature, la littérature anti-littéraire naquit de ce dégoût romantique.

L'esprit de destruction est romantique. J'y dénonce le goût des ruines, le pessimisme.