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Le poète ne peut employer un seul langage, ou plutôt un seul degré de cuisson. Un préjugé moderne faisait regarder de travers le poète qui, pour un article critique, par exemple, se départissait d'ésotérisme et ne confondait pas l'objet avec le catalogue. Or, comme les beaux édifices, une œuvre doit offrir à l'œil des haltes, des surfaces plates, un décor sommaire alternant avec les motifs par quoi l'architecte s'affirme.
Les Divagations de S. Mallarmé, écrites sur le même plan que ses poésies, ne les mettent en valeur que par leur infériorité. On ne se repose pas des unes dans les autres.
Pour nous, qui savons déchiffrer cette prose couramment comme les étudiants d'Oxford traduisent le grec, il ne reste que fanfreluches. Il nous semble entendre une précieuse de grande beauté.
Cataloguons stupidement les ouvrages en ouvrages prospectus, alambic, liqueur.
Ces trois stades ne peuvent offrir le même aspect. Prenons, comme exemple du premier, un manifeste, une préface;—du second: un livre de critique;—du troisième: des poésies, un roman.
À notre époque, où la simplicité s'impose, mais une simplicité neuve, riche des raffinements précédents, où toutes les couleurs tournent si vite que du blanc résulte et déroute l'œil habitué à jouir des bariolages, chacun trouve son affaire dans le prospectus.
Le lecteur l'adopte parce qu'il prend les mots: simplicité, dessin, ligne, contour, franchise, dans le sens qu'il souhaite et les applique à ses plus laides amours. Il touche du bout du doigt herbes et alambics qui l'effrayent un peu et recrache la liqueur avec dégoût. Elle n'a aucun rapport avec ce qu'annonce le prospectus. On le trompe. On se moque. On triche. Il y a maldonne. Enfin, on lui vole sept francs.
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À chacun de mes livres, j'ai la sensation de continuer un même dessin que des amis, penchés sur mon épaule, regardent sortir de ma plume sans comprendre sa signification. Pour peu qu'on commence la figure par les pieds, voilà tous les esprits en déroute. À la fin, on pose l'œil, et le bonhomme apparaît. C'est sans doute le rôle de notre dernier livre.