Que nous avons sans cesse besoin d'un mur comme au jeu de pelote, pour mener notre partie seul, ou avec, ou contre les autres. C'est ce qui nous fait accuser tantôt d'outrecuidance si notre mur est un chef-d'œuvre que tout le monde respecte, tantôt de méchanceté si notre mur est un maître.

En aucun cas, ni le chef-d'œuvre ni le maître ne sont des cibles. Le mur de pelote n'est pas une cible. Il ne s'agit pas de flèches qui s'enfoncent, mais de balles qui rebondissent. Personne, au pays basque, ne s'avise de plaindre le mur. C'est juste pour n'avoir pas à plaindre le mur, à l'abîmer, à le trouer, à le fendre, que nous choisissons des murs solides et sur quilles balles les plus violentes ne marquent pas.

Lorsque, sous le titre d'ensemble: La Noce massacrée, noce dont les victimes pour rire sont invulnérables et remises debout immédiatement, je choisis Maurice Barrés, c'est, avouons-le, comme mur de pelote. Il me fallait un mur très haut, très fort, très ensoleillé, très en vue. Un mur que mes meilleures balles ne puissent émouvoir et qui me seconde, serve mon jeu à merveille.

Ainsi de Mme Bovary aux premières pages du Secret professionnel. Je ne lui fais aucun mal. Donc, ne me reprochez rien, ne criez pas. Laissez-moi courir, sauter devant et m'entraîner. En semaine, à Saint-Jean-de-Luz, à Hendaye, à Bayonne, n'importe quel amateur peut se servir du fronton à sa guise et s'y faire la main. J'use du même privilège.

(Barrés à qui, en tant que mur, mes balles ne sauraient être désagréables ni agréables, ne se blessera pas, maintenant, d'être comparé à un mur. J'en connais, dans plusieurs villages, frontons d'un côté, de l'autre couverts de pêches, de raisins, de roses).

Qu'un air de mégalomanie est inévitable chez un homme très libre et n'attendant de récompenses d'aucune sorte.

Que le poète ressemble aux morts en cela qu'il se promène invisible parmi les vivants et n'est vaguement vu par eux qu'après sa mort, c'est-à-dire, si on parle des morts, lorsqu'ils apparaissent sous forme de fantômes.

Que les poèmes, les poésies et la poésie sont choses différentes, et que s'il existe de très bons paratonnerres qui n'attirent jamais la foudre, cela ne discrédite pas les orages.

Que c'est dans sa forme confuse—pour nous—et quasi orageuse que les gens de toutes sortes peuvent ressentir la poésie en commun.

Que cette entente de bétail sous l'orage provoque les embrassements artificiels, sources de malentendus et de discordes.