Rien n'arrive. La terre tourne et n'arrive pas. Il n'y a que la minute qui compte. Certaines œuvres heureuses fleurissent comme ces graines découvertes dans une fouille d'Égypte sur une momie de jeune fille et qui, semées cinq mille ans après, à Baltimore, épanouirent des roses. C'était la minute de ces roses.

On méprise la Beauté jeune, ici. Une fois vieille, on la tué. Une fois morte, on l'embaume. Mais alors, la jeunesse s'en écarte douloureusement.

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S'il faut absolument me résumer, jeter un coup d'œil d'ensemble sur mon parcours, je constate (d'après moi):

Que la forme doit être la forme de l'esprit. Non pas la manière de dire les choses, mais de les penser;

Que le besoin de s'exprimer en public est une sécrétion n'ayant d'excuse que si elle nous vient de naissance et ne peut se guérir;

Qu'il faut coïncider ou se suicider et qu'on ne saurait admettre l'état d'âme d'un spectateur qui trouve la pièce absurde mais qui, restant dans la salle pour avoir chaud, manifeste, siffle, et empêche les autres d'entendre;

Qu'il y a toujours très peu de gens de leur époque, puisqu'un précurseur ne saurait exister et qu'il suffit d'un seul de ces prétendus précurseurs, c'est-à-dire d'un seul homme qui exprime l'époque malgré elle, pour que, sans le savoir, toute l'époque boite derrière lui;

Que la sottise, le manque de sensibilité, le scepticisme spirituel protègent les primeurs d'un pays en les méconnaissant. Ils sont une glacière où nos fruits se conservent. Trop de curiosité, de gravité, d'aménité, d'indulgence, passent les fruits de mains en mains et leur ôtent le duvet;

Que la lutte nous stimule et la bonne volonté du public nous endort;