De fil en aiguille, il lui arriva ce qui arrive aux enfants qui jouent. Il crut au jeu. Il s’attacha un galon.
Personne ne l’arrêtait. Il n’éprouvait aucune crainte. Il se sentait fier de ce que les civils se retournassent sur son passage. Un jour, ayant montré à un cycliste auxiliaire un papier de famille portant le nom de Fontenoy, ce cycliste crut qu’il s’appelait Thomas de Fontenoy réponse affirmative, et joignit désormais ce titre à ses accessoires de jeu.
[UN CAPITAINE]
Vous voyez de quelle race d'imposteurs relève notre jeune Guillaume. Il faut leur faire une place à part. Ils vivent une moitié dans le songe, L'imposture ne les déclasse pas, mais les surclasse plutôt. Guillaume dupait sans malice. La suite montrera qu'il était sa propre dupe. Il se croyait ce qu'il n'était pas, comme n'importe quel enfant, cocher ou cheval.
On l'eut bien surpris en lui démontrant qu'il risquait la prison.
Pour expliquer son immunité bizarre, je citerai l'exemple d'une scène qui se reproduisit vingt fois.
Guillaume passe, place des Invalides, avec madame Valiche. Il raffole d'armes à feu. Il porte un revolver d'ordonnance à la ceinture. Il arbore un calot et un brassard de Croix-Rouge du docteur Gentil, galonnés d'or.
Un capitaine l'arrête. Voici leur dialogue:—Dites donc!—Mon capitaine?—Qu'est-ce que c'est que cette tenue? Vous portez un revolver et un brassard de Croix-Rouge?—Mais, mon capitaine...—Et ce calot? Qu'est-ce que c'est que ce calot?—C'est le callot de Cyr, mon capitaine.—Hein? Vous êtes à Saint-Cyr? Je n'aime pas qu'on se moque de moi. Comment vous appelez-vous?—Thomas de Fontenoy, mon capitaine.—De Fontenoy? Vous êtes parent du général?—Son neveu, mon capitaine.—On raconte qu'il a tourné l'aile gauche des Allemands.—C'est exact, mon capitaine.—Dites donc, entre nous, je sais bien que la plus grande fantaisie règne dans les tenues, mais ne mettez pas un brassard et un revolver. Choisissez. Mettez l'un ou l'autre. Parce que, ajoute paternellement ce militaire, vous tombez sur moi, mais vous pourriez tomber sur un imbécile.
La princesse entraîna d'office Guilaume dans la ronde. Elle ne quittait plus ce talisman. En quarante-huit heures, elle obtint ce qu'elle essayait d'obtenir depuis quatre semaines. Le nom de Fontenoy ne faisait jamais anti-chambre. On grondait Guillaume, on lui pinçait l'oreille, on lui distribuait de petites claques, et il emportait les permis.
On joignit même au convoi un planton qui savait les mots de passe et qui devait l'accompagner dans ses voyages, sur le siège de la voiture de tête. Cette voiture était celle de madame Valiche et du dentiste, la suivante, celle de la princesse, les autres se plaçaient au hasard. Leurs conducteurs étaient, qui un chemisier, qui un écrivain, qui un oisif.