L’effet de la réponse fut immédiat, car le docteur ne perdait jamais sa croix de vue. Elle le guidait, comme l’étoile les mages.

—Diable! s’écria-t-il. Et vous êtes des nôtres?

—Je suis, dit alors le jeune homme, secrétaire du général d’Ancourt. Il n’a, hélas! aucun besoin de mes services, et je m’occupe comme je peux, sans trop m’éloigner de lui.

—Mais c’est le ciel qui vous envoie, s’écria la princesse; le général, si on le sauve, en a encore pour des mois de chambre. Je vous enrôle. Je suis votre général.

Pendant que Verne sentait grossir sa croix, Clémence envisageait les mille ressources du nom magique. Cette femme, qui ne voyait pas les pièges à deux mètres, voyait dans l’avenir. Encore une fois, elle vit juste.

Guillaume Thomas, malgré son nom d’incrédule, était un imposteur. Il n’était ni le neveu du général de Fontenoy, ni son parent d’aucune sorte. Il était né à Fontenoy, près d’Auxerre, où des historiens placent la victoire de Fontanet, remportée en 841 par Charles le Chauve.

Lorsque la guerre fut déclarée, il avait seize ans. Il devint enragé. Il maudissait son âge. Il tenait d’un grand-père, capitaine au long cours, le goût des escapades. II était orphelin et habitait Montmartre avec sa tante, vieille fille dévote qui le laissait courir n’importe où, ne s’occupait que du salut de son âme et se souciait peu de celui des autres.

Trouvant déjà dans le mensonge une antichambre des aventures, Guillaume se vieillissait, racontait aux voisines qu'il allait s’engager, qu’il obtiendrait une autorisation spéciale, et parut un beau jour en uniforme. Il tenait l’uniforme d’un camarade.

Sous le couvert de ce déguisement, il polissonnait, rôdait autour des casernes et de la grille des Invalides.

Il disait à sa tante: «Je prépare l’école de tir». Tout était si sombre, si remué qu’on admettait n’importe quoi.