Ce fut cette cour bruyante et encombrée que vit un soir, par la porte large ouverte, un jeune soldat qui passait dans la rue. Il s’arrêta, s’appuya contre une des bornes et jeta sur ce tohu-bohu le regard avec lequel Bonaparte devait observer les Clubs.

Après avoir longuement hésité, il entra et se mêla aux mécaniciens.

Il paraissait si jeune que son uniforme lui donnait un air d’enfant de troupe. Mais ce qui rendait sa jeunesse incroyable, c’était un mince galon de sous-officier, sur la manche de sa petite vareuse bleue. Sa figure, fraîche, animale, bien faite, l’introduisait plus vite que n’importe quel certificat.

Au bout de dix minutes, il aidait tout le monde et savait tout. Il savait même qu’on avait apporté, la veille, le général d’Ancourt, seul hôte d’une des chambres du rez-de-chaussée. Le général était l’ami du chirurgien-chef de la rue Jacob et ce chirurgien avait obtenu que l’hôpital Buffon le lui cédât. On devait lui couper la jambe. Il délirait. Son ami gardait peu d 'espoir.

De groupe en groupe, le jeune militaire finit par rencontrer le docteur Verne qui dressait avec la princesse une liste des membres de l’association.

—Qui êtes-vous? demanda Verne, toujours brusque.

—Guillaume Thomas de Fontenoy, répondit-il.

—Parent du général de Fontenoy?

Ce général était alors en grande vedette.

—Oui, son neveu.