Pendue au cou de son amant, madame Valiche chantait Manon. Le séminariste sanglotait. Il y avait dans ce spectacle pluvieux quelque chose d'irréparable.

Guillaume sauva tout. Il était allé chez le maire, avait nommé Fontenoy. Le maire, ravi qu'on reconnut son pouvoir et qu'on négligeât l'évêque, avait donné bidons sur bidons.

On enleva le couple orgiaque. Il dormait. On remplit les réservoirs, et le cortège de plaintes se remit en marche.

Souvent, dans la suite, madame de Bormes, sur les routes noires, en entendant ces plaintes, était prise de scrupules. Elle se demandait si, pour se dépenser, elle n'achevait pas des moribonds. Les routes, de plus en plus longues entre les lignes et la capitale, étaient défoncées par les tracteurs. Chaque secousse représentait pour ces hommes un enfer. Ne valait-il pas mieux les abandonner sur place malgré le manque de soins? Ils mourraient tranquilles.

Mais, lorsque ayant rempli l'ambulance de la rue Jacob, elle leur rendait visite soit à l'hôpital Buffon, soit aux Peupliers, soit au Val-de-Grâce, elle comprenait que son plaisir n'était pas criminel.

Cette femme admirable, indiquant à elle seule aux chefs civils et militaires le sens d'une organisation qui ne se fit que longtemps après, se cherchait des excuses.

Sa fille sur pied, Madame de Bormes réintégra son appartement, avenue Montaigne. Elle faisait la navette entre l'avenue et l'hôpital, quelquefois même partant directement de chez elle pour rejoindre le cortège aux portes de Paris.

Guillaume était l'enfant gâté de la maison. Il y avait une chambre, ce qui lui évitait de retourner chez sa tante, à Montmartre, après les randonnées trop lourdes. Du reste, sa tante était loin de son esprit. Guillaume lui apparaissait dix minutes par semaine, prétextant un poste d'agent de liaison.

Il disait: «J'ai une liaison, ma liaison», comme jadis les mauvais sujets. Il remplissait sa chambre de pointes de casques et de morceaux d'obus.

[REIMS]