Il avait dit à Clémence qu'il souffrait de son genou à cause d'un éclat de l'obus qui avait tracassé la cuisse du général d'Ancourt. Cet éclat devint une action d'éclat. Son héroïsme lui valait place d'homme et et son image d'Épinal lui ouvrait les cœurs.
Car, non par ruse, mais par amour-propre, il n'avait jamais laissé voir la surprise de ses premiers voyages aux lignes.
D'ailleurs, Reims était un récit de la princesse. Il le lui laissait. La vérité lui donnait les malaises du mensonge. Reims ne l'intéressait pas, le dérangeait plutôt.
[HENRIETTE]
Le meilleur public de Guillaume était la fille de Madame de Bormes, Henriette. N'avons-nous pas dit qu'elle était de race spectatrice. Jusqu'alors un seul personnage, sa mère, brûlait les planches. Maintenant, elle en contemplait deux.
Élevée sans la moindre superstition des castes, des titres, des richesses, Henriette avait toujours, vu sa mère juger les hommes d'après leur mérite, et mettre des artistes sur le même rang que des souverains. Mais elle était fort jeune, sortait peu, et avait rarement l'occasion de rencontrer des hommes exceptionnels.
Grâce à la guerre qui favorise les rencontres d'accident de chemin de fer, non seulement elle voyait un de ces hommes, mais il avait son âge et ils vivaient côte à côte.
Inutile de consigner l'effet, sur cette âme naïve, des récits qui amollissaient la vieille classe.
Elle aimait Guillaume. Elle le confondait avec sa mère dans ses pensées, et, comme sa mère le traitait en fils, elle ne voyait à cette confusion rien de coupable.
La princesse, nous l'avons dit, perçait les murailles; elle ne lisait pas dessus. Elle ne s'apercevait aucunement de ce merveilleux mécanisme: une rose qui s'ouvre. Guillaume non plus. Mais la jeunesse a ses maladies contagieuses. Guillaume, l'artificiel, était sans artifice. Son cœur intact comprenait, lui, à des profondeurs où son esprit enfantin ne pouvait descendre.