C'était l'époque où le vieil uniforme, en route vers le neuf, devenait méconnaissable. Chacun l'accommodait à sa guise. Et cette mue, si drôle en ville, était superbe aux années: une avalanche de sans-culottes.
La princesse devina notre étonnante victoire révolutionnaire aux routes jonchées de bouteilles de champagne, de chaises et de pianos mécaniques.
Elle se représentait moins, avouons-le, les mascarades, les dentiers, les gros ventres, les gaz nauséabonds de la mort, et que bientôt, chasseurs et gibier deviendraient des plantes face à face, des frères siamois réunis par une membrane de boue et de désespoir.
Elle sentait la gloire comme un cheval l'écurie. Elle volait à la suite de nos troupes. Elle piaffait sous sa coiffe blanche. Elle sortait de la chambre de sa fille trente fois par jour et revenait lui rendre compte de ses démarches.
On ne reconnaissait plus la cour d'honneur, si digne, avec son pavé envahi d'herbe. Les moteurs, ronflaient. Les véhicules reculaient les uns dans les autres. Les chauffeurs criaient. La princesse traînait Verne à ses trousses, distribuait les rôles.
Enfin, comme au fameux «Lâchez tout» du colonel Renard, assis au coin du feu, près de sa femme en train de tricoter, dans son dirigeable modèle qui ne voulut jamais partir, s'éleva de dix centimètres et retomba brutalement, le convoi ne partit pas le jour convenu. Il lui manquait un laissez-passer rouge.
Madame de Bormes, après une visite d'enjôleuse aux Invalides, avait cru obtenir le Sésame-ouvre-toi de la guerre. Elle n'emportait qu'un coupe-file, juste valable pour se rendre à Juvisy.
La déception fut d'autant plus grosse que le cortège s'était mis en branle à l'aube, au milieu des applaudissements des crémières et du personnel. Il lui fallut rebrousser chemin, et rentrer, trois heures après, à la queue-leu-leu, tête basse.
Mais l'impulsion était donnée. Rien ne pouvait l'interrompre. La princesse recommença ses démarches et la cour offrit derechef un spectacle d'usine.