Paris, ce n'était pas la guerre. Mais, hélas, il en devenait proche, et cette nature intrépide écoutait le canon comme, au concert, on écoute l'orchestre derrière une porte que les contrôleurs vous empêchent d'ouvrir.

Dans cette soif de guerre, la princesse était aussi peu malsaine que possible. Le sang, la fièvre, le vertige des courses de taureaux ne l'attiraient pas. Elle y pensait avec dégoût. Elle plaignait les blessés, pêle-mêle. Non; elle était amoureuse folle des modes, légères ou profondes. La mode était au danger; elle mourait de calme. La jeunesse se dépensant et se prodiguant jusqu'à se jeter par les fenêtres, elle trépignait d'inaction. Elle aurait voulu que les événements l'aidassent, la soutinssent, comme la foule aide une femme à voir le feu d'artifice.

[LE CONVOI]

De si grands trésors ne se comprennent pas. Ils paraissent suspects. Le monde avare vous accuse de battre monnaie.

En l'occurrence, la folie de l'espionnage accusait madame de Bormes d'être Polonaise, c'est-à-dire espionne.

Rue Jacob, elle plaisait. Elle en profita. Son génie la mit vite sur la piste d'un ingénieux moyen de prendre part aux événements.

Le bas de l'hôtel était une ambulance, mais une ambulance vide. Elle imagina de la remplir. Il s'agissait d'improviser un convoi, de recruter voitures et conducteurs bénévoles, d'obtenir les laissez-passer nécessaires et de prendre au front le plus de blessés possible. Elle fit miroiter la croix au docteur qui devint son complice, sonna le branle-bas dans cet hôpital de Belle-au-Bois-dormant, secoua sa torpeur de chloroforme, exalta le patriotisme de la femme du radiographe. Elle monta, pièce par pièce, une vaste machine.

Le plus difficile était de trouver des voitures et des conducteurs. La princesse n'en revenait pas. Elle croyait une quantité de gens désireux de vivre double et de voir la mort de près.

Enfin, elle réunit onze véhicules, y compris sa limousine et l'ambulance de l'hôpital.

D'un coup d'œil, elle avait vu les avantages du grabuge, alors à son comble.