Aussi, d'imprudences en imprudences, la princesse de Bormes faisait-elle le plus adroit travail de filtre; éloignant d'elle le médiocre et ne retenant que la qualité.

Sept ou huit hommes, deux ou trois femmes de cœur, devinrent ses intimes. C'étaient juste ceux qu'une intrigante eût souhaité avoir et eût manqués.

Le reste, à cause du prince, dissimula des sentiments qui, après sa mort, devinrent une sourde cabale. La princesse vit dans cette cabale un moyen de lutte et de déployer sa force. Elle riait au feu. Elle complotait avec son état-major.

On lui reprocha de porter mal son deuil. Mais elle n'aimait guère le prince et répugnait à jouer un rôle de veuve inconsolable. Le prince lui laissait une fille: Henriette.

Henriette tenait du prince l'admiration béate qui le paralysait en face de madame de Bormes. Clémence était née actrice, sa fille spectatrice, et son spectacle favori était sa mère.

C'était, du reste, le plus beau spectacle du monde, que cette personne qui attirait le surnaturel et autour de qui on eut dit que les anges volassent, comme les oiseaux autour de l'oiseleur.

Si une préoccupation la tourmentait, l'atmosphère devenait irrespirable. On sentait son rayonnement, quel qu'il fût.

Cette femme qui se moquait d'avoir la première place aux fêtes y voulait la meilleure. Ce n'est généralement pas la même. Au théâtre, elle cherchait à voir et non à se faire voir. Les artistes l'aimaient.

La guerre lui apparut tout de suite comme le théâtre de la guerre. Théâtre réservé aux hommes.

Elle ne pouvait se résoudre à vivre en marge de la chose qui avait lieu; elle se voyait exclue du seul spectacle qui comptât désormais. C'est pourquoi, loin de déplorer que des circonstances la retinssent à Paris, elles les bénissait et remerciait sa fille.