Elle était née sous le signe des aventures. Sa mère, enceinte, trompée, folle d'amour, s'était attelée à la recherche du coupable, disparu depuis plusieurs mois. Elle l'avait découvert, dans une petite ville russe. Là, contre une porte derrière laquelle on entendait un dialogue, et où elle n'osait sonner, cette amoureuse était morte de fatigue et de douleur en mettant une fille au monde.

Cette fille, Clémence, avait grandi auprès d'un domestique ivrogne. À la mort de son père, une cousine l'avait élevée. Mais cette enfant muette, farouche, qui se protégeait instinctivement avec son épaule, se développa d'un coup, comme le rosier des fakirs.

La cousine, stupéfaite, la vit, après un bal, devenir turbulente. Elle poussait, s'épanouissait, fleurissait, au dedans et au dehors. Elle fut un vrai diable et l'organisatrice des fêtes de la jeunesse.

Enfin, après rencontre du prince de Bormes, voyageur diplomatique, elle se fiança en quatre jours. Le prince était ensorcelé. Elle, voyait à travers lui la France et sa capitale. Paris lui semblait le seul théâtre digne de ses débuts.

Il faut toujours un certain temps pour que la sincérité du premier jet s'étouffe, pour que le public se fige, craigne d'avoir montré du cœur et de s'être laissé prendre.

La princesse bénéficia d'abord de la surprise que causa son entrée en scène.

Peu à peu, elle choqua par son aisance et sa politique maladroite.

Elle touchait à ce qui ne se touche pas, ouvrait ce qui ne s'ouvre pas et parlait sur la corde raide, au milieu d'un silence glacial. Chacun souhaitait qu'elle se rompît le cou.

Après avoir diverti, elle dérangeait. Elle entrait dans le monde comme un jeune athlète entrerait dans un cercle et brouillerait les cartes en annonçant qu'il faut jouer au foot-ball. Les vieux joueurs (vieux ou jeunes), étourdis par tant d'audace, s'étaient soulevés de leurs fauteuils. Ils y retombèrent vite et lui en voulurent.

Mais, si ce caractère haut en relief et en couleur offensait les uns, il en séduisait d'autres. Ces autres étaient le petit nombre, celui-même d'après lequel Montesquieu souhaitait qu'on jugeât au tribunal.