[LE RENDEZ-VOUS DES ANGES]

La nuit froide était constellée de fusées blanches et d'astres. Guillaume s'y trouvait, pour la première fois, seul. Un dernier rideau se lève. L'enfant et la féerie se confondent. Guillaume connaît enfin l'amour.

Au lieu de prendre la rallonge, il suivit le parapet de première ligne jusqu'au polder où il fallut ramper. Breuil et lui excellaient à cet exercice peau-rouge.

Après quelques mètres, il rencontra un cadavre.

Une âme avait ôté ce corps en hâte, n'importe comment. Il l'inspecta d'un œil curieux et dur.

Il continua. Il croisait d'autres cadavres jetés par le massacre comme le col, les bottines, la cravate, la chemise d'un ivrogne qui se déshabille.

La boue rendait le quatre-pattes difficile. Quelquefois elle veloute la marche, quelquefois, elle cherche à retenir, avec un gros baiser de nourrice.

Guillaume s'arrêtait, attendait, et repartait. Il vivait là de toutes ses forces.

Il ne pensait ni à Henriette, ni à Madame de Bormes, lorsque, soudain, l'image de Madame de Bormes lui apparut.

Il venait de reconnaître, défiguré par les torpilles, l'endroit du boyau où, quelques jours avant, elle s'était plainte d'angoisse.