—Ils tirent par mon ordre, hurla Roy.

Tout, voix allemande et fusillade, rentra dans le silence.

Les sanctions, de part et d'autre, s'arrêtèrent là.

Ce dialogue est peu vraisemblable pour les gens qui ne connaissent pas l'esprit de voisinage d'une longue guerre, l'esprit de famille des marins.

[«JE DONNE RAISON À MES ENFANTS»]

La partie de cartes, reprise, s'éternisait, lorsque le téléphone grésilla. Roy décrocha le récepteur. On entendait mal. Les fils, posés à la six-quatre-deux, en croisaient, en touchaient d'autres. La rumeur du secteur habitait l'appareil comme celle de l'océan un coquillage.

—Impossible de comprendre, dit-il. Je raccroche. Je ne comprends qu'une chose par bribes, c'est que c'est le poste F (le poste F se trouvait à cinq kilomètres) et qu'ils ne peuvent m'envoyer personne. Moi non plus, je n'ai personne. Les boyaux sont chambardés par les torpilles d'avant-hier. Il y en a la plus longue partie découverte. Je n'ai pas envie d'exposer un gamin pour un message. Mes idiots n'ont aucun sens du danger. Ils ne veulent pas allonger la route et comprendre qu'on ne siffle pas, qu'on n'imite pas le chien, qu'on ne crâne pas, à trente mètres des Allemands.

—C'est très simple, dit alors Guillaume. Moi je ne siffle pas et je n'imite pas le chien. Au besoin même, je rampe. Je n'ai qu'à faire le grand tour. J'y vais.

Roy refusa. Guillaume insista. Comme Roy désirait secrètement rester seul avec son chagrin, que le grand tour n'était pas dangereux, et que, secrètement, Guillaume jubilait de cette course nocturne, ils finirent par s'entendre.

Guillaume irait et reviendrait, séance tenante, porter son message chez Roy.