[LES ANGES MALADROITS...]

Les anges maladroits vous imitent, pigeons.
Vous saluez Marie. Eux, devant les guérites,
Gardent la France. Hélas! nous les décourageons.
Toute la nuit, le ciel cueille des marguerites:
La dernière cueillie on ouvre les volets.
Voici venir l'automne et la chute des anges;
Les anges répandus comme le pot au lait.
Arbre en or l'Opéra donne beaucoup d'oranges;
C'est surtout vers le haut que le public les mange.
Car, vers le bas, manger des oranges déplaît.
Ce poème en dix vers est-il beau, est-il laid?
Il n'est ni laid ni beau, il a d'autres mérites.

[ARCHE]

Vent, démolis nos casernes.
Sur ma fenêtre, le coq
Veut la tête d'Holopherne
Aveugle et le cou en loques.
Clairon, réveille Palerme,
Ville aimant dormir en pente.
Mille étoiles sous le poing
Du nègre nu, mille bombes,
Dans l'île feront l'appoint.
Crête rouge de Colomb
Annonce la mer repeinte
Chez la reine des colombes.

[MOUCHES, DISTRACTIONS]

Plutôt que voir tout nu ce nègre à l'île d'Ambre
Virginie en mourant fait mine de dormir.
Miracle! mon fauteuil s'envole de la chambre,
Sur un air d'opéra, sur un tapis d'Emir.
Quel beau feu d'artifice, un ange! Dans l'étable,
Après, il se repose et ferme ses ciseaux.
Le même ange indiscret, scandale épouvantable,
Découvrit Saint-François, marchant sur les oiseaux.
L'hiver est caramel, boîte au lait, pot à colle,
Plâtre grec dont l'oeil cabre un antique cheval.
Aux classes de dessin, le dernier à l'école,
Pour cacher son amour n'eut jamais de rival.

[SONNET]

Aujourd'hui le soleil, redoutable artifice,
Pousse vers la vitrine un nouveau bûcheron;
Le diamant d'amour y fait sa cicatrice
Lisible sur le ciel blessé par le clairon.
Feu! pour mes longs hivers la flamme est écrevisse
Joyeuse, ou bien Diane en chasse à l'escadron.
Absinthe verte ou vert billard, un même vice,
Fait de votre journal l'unique liseron.
Hôtel peu cher devant la Méditerranée,
De tous les matelots morgue où Vénus est née,
Char fleuri sous l'orage, et rage de Didon
Qui meurt debout sur un lustre de tragédie,
Forçat, zèbre craintif caché sous l'édredon,
Votre troupe en chemise excite l'incendie.

[GRECO]

Puis-je, grenouille morte, en l'eau vous trouver laide,
Semblable aux jeunes gens du peintre de Tolède,
Ainsi leur jambe flotte et leurs doigts écartés.
Les nuages de linge et d'électricité,
Bâtissent les maisons, les rocs de leur cité.
Ils attirent la foudre, ils appellent à l'aide.
Morte vue à l'envers et de tous les côtés.