Et Raymond se souvenait de ce mot de Rite, lui criant dans une minute d’exaltation sensuelle :
— Je t’aimerais mieux mort qu’infidèle.
Aphorisme où l’amour et la haine se confondent et nous laissent, hommes et femmes, dans cette absolue solitude, dont aucun amour ne peut nous délivrer.
Mais Raymond avait été très flatté de cette parole qui lui affirmait sa propre valeur : il n’avait d’ailleurs à cette minute ni le désir de mourir ni celui d’être infidèle.
— Tant qu’on aime une femme, prononça-t-il, la fidélité n’est pas héroïque, car il nous serait alors physiquement impossible de la tromper.
V
Assuré que Rite ne viendrait pas ce lendemain, Raymond sortit et alla frapper à la porte de son ami Morangis, qu’il se reprochait d’avoir abandonné, le soir même de la mort de Marthe. Il le trouva dans son oratorio, improvisant à l’orgue une de ces subtiles musiques qu’il dédaignait de noter et qui étaient l’expression immédiats et fugitive de son état d’être.
Raymond qui était entré silencieusement, sans se faire annoncer, écoutait cette symphonie douloureuse où revenait comme une obsession une pensée qui ne pouvait se préciser et dont un arpège subtil semblait effacer l’image sonore à mesure qu’elle se dessinait…
Morangis aperçut Raymond ; il se leva et vint vers lui, le visage illuminé d’une sorte de douloureuse joie intérieure.
— Tu as bien fait, Raymond, de ne pas venir me voir plus tôt. Tu as compris que j’avais besoin de m’enfermer avec son image, avec des souvenirs qui prennent maintenant une immuable intensité.