Ils se rembarquèrent dans la barque mouillée, et à toutes rames se jetèrent au fond de l’abîme, ivres dans la vague qui les avait submergés. Le flot les a jetés nus et défaillants sur le sable : ils ferment les yeux pour écouter en eux-mêmes la réverbération de ces minutes intenses. Par quelques mots à voix basse, ils se prouvent à eux-mêmes la réalité de leur présence :
Raymond disait :
— Les femmes qui accueillent avec confiance cette plus secrète et plus intime inclusion, en sont récompensées par une volupté d’une répercussion sexuelle plus étendue et où deux harmonies se répondent et se confondent…
« Mais, Rite, tous les gestes de l’amour associés à un état de sentiment sont beaux et harmonieux…
Et, évoquant la complication de certains de ces gestes :
— Ils redeviennent instinctifs, observa Raymond, lorsqu’ils rentrent dans l’automatisme de l’expression amoureuse. Un maître organiste songe-t-il à la complication du jeu des pédales lorsqu’il exécute une symphonie ? Vous, nos amantes, vous êtes nos orgues divines : nos mains et nos bouches exécutent instinctivement la symphonie de nos désirs.
— Surtout, pensa Raymond, lorsque nous avons longuement étudié l’harmonie et le contrepoint de la volupté et exécuté beaucoup de gammes.
— Que ta pensée me suive toute cette soirée, dit gravement Rite, au moment où son baiser d’adieu se détachait des lèvres de Raymond. Songe à mes heures silencieuses devant un livre où je revivrai nos images.
Elle ajouta, exprimant une décision subite :
— A demain, Raymond ; je veux être désormais ta Rite quotidienne… Oui, qu’importe tout ce qui n’est pas toi…