Il ajoutait : « Notre amour n’est pas un contrat : qu’il demeure en dehors et au-dessus de toutes les conventions sociales (qu’il faut d’ailleurs respecter). Oui, Rite, notre amour est une vie intérieure, un état d’être qui peut s’adapter à toutes les conditions d’existence. »
Pourtant, Rite, à cette heure de sécurité apaisée, ne pouvait s’empêcher de songer à la douceur que ce lui serait de demeurer dans cette atmosphère faite de la respiration de leurs âmes et de leurs chairs. Elle dit seulement avec timidité :
— Ne plus s’en aller, Raymond !
Mais Raymond ne lui répondit qu’en la serrant plus fortement contre lui-même, lui exprimant par cette étreinte muette les douloureuses nécessités de la vie et qu’il en avait encore une plus vive conscience et une plus vive douleur qu’elle-même…
La tête dans son bras et couchée sur le ventre, Rite offrait ainsi à Raymond la tentation de sa belle croupe, que dorait la lumière du soir. Elle s’abandonnait à cette contemplation de Raymond qu’elle sentait sur elle comme un vivant fluide et elle écoutait monter en elle un désir lentement résurgi. Blottie dans le silence odorant de ses cheveux blonds, elle était toute en attente de cette lumière qui allait envahir sa chair et son cerveau.
… A une caresse interrogative de Raymond, elle avait tourné vers lui un regard un peu inquiet :
— Oh ! Raymond, c’est si petit !
Mais elle était si heureuse d’avoir cette virginité à lui offrir : elle accueillit cette joie douloureuse qui la clouait à sa propre volupté, et le visage tourné vers Raymond, quêtant la morsure de sa bouche :
— Je suis encore un peu plus tienne, dit-elle, secouée d’un sanglot d’une intensité si aiguë qu’elle ne pouvait en éteindre la brûlure.
Soulevé par cette vague qu’il dominait, Raymond se sentait comme accroché à une épave battue par le flot qu’il embrassait de ses deux bras.