Après des semaines de silence obsédant, un soir, à cette minute du crépuscule d’été où le ciel et le paysage se mêlent en une même fugitive sérénité, Florentin avait osé questionner Rite.

Étendue sur sa chaise longue devant la lumière du soir dont elle emplissait ses yeux comme d’une musique de clarté, elle était si pâle qu’on eût dit qu’elle avait versé tout son sang. Une rose rouge qu’elle caressait et baisait comme une bouche éclairait le soir : son parfum lui évoquait les sensualités mystiques de l’amour ; et, s’abandonnant à l’amère douceur des vains regrets, elle pleura, engloutissant la rose dans sa bouche mouillée de larmes, trouvant encore une réelle volupté dans cette sensualité qui lui était permise.

— Pourquoi pleures-tu ? demanda Florentin inquiet. Souffres-tu davantage ?

— Non, je suis triste seulement de ma faiblesse, et plus triste encore de n’apporter que peine et douleur à ceux qui m’aiment.

Elle ajouta, et il y avait dans l’intonation de sa voix une angoisse cachée qui voulait être rassurée :

— Je comprends bien que tout est fini maintenant pour moi et que je suis désormais seule dans la vie.

Alors Florentin se révolta à cette pensée. L’abandonner… Jamais il ne l’avait aussi passionnément aimée ; c’est lui qui avait eu peur de l’abandon ; elle ne pouvait pas savoir ce qu’elle était pour lui, maintenant surtout qu’il avait compris.

Et presque malgré lui, il ajouta :

— … L’autre… non plus, je pense…

En lui-même, il avait prononcé : « Raymond » — leur Raymond qui les avait baptisés à une nouvelle vie.