De son bras, il l’avait attirée vers lui, et il sentait maintenant tout le poids de cette chair qui s’écrasait sur son corps comme un fruit où les lèvres ont mordu et qui verse sa saveur.
La lumière bleue du soir caressait la croupe de Rite et la ligne creusée de son dos montait vers la coupelle de ses cheveux défaits, et qui semblaient dans cette clarté un peu plus mate, une source dorée par le couchant.
Vite Rite fut debout, inquiète maintenant de l’heure…
— Tu m’apparais tout d’un coup, dit Raymond en souriant, comme une Amazone descendue de son cheval et encore toute haletante de la course…
— Oui, Raymond ; mais ne me parle plus : demeurons sur ce baiser qui m’a versée en toi et qui fut comme une tendresse après l’ardeur et la brûlure de notre amour. Il m’est doux de penser que tu vas vivre dans cet encens de nos vespres, et ton fauteuil d’osier qui craque sous mon poids gardera l’empreinte…
Raymond s’était levé et, tandis que Rite achevait de s’habiller, il s’était agenouillé devant elle et soulevait encore sa jupe courte pour baiser ses genoux et poser tendrement sa tête rêveuse contre le bouclier sacré de son ventre.
Il la reconduisit jusqu’au carrefour voisin où, alignés comme des bêtes au repos, des taxis attendaient. Le moteur ronronna et, dans un léger craquement de mécanique, la voiture s’éloigna. Une dernière fois, leurs yeux échangèrent une pensée, Rite referma ses paupières mouillées d’émotion sur l’image de Raymond ; quelque temps encore, Raymond aperçut dans le lointain une main blanche qui éclairait le crépuscule, comme un lys dans l’allée des jardins de son enfance.
II
Raymond se reprochait presque cet allègement qu’il éprouvait en se sentant seul dans la rue.
— Mais c’est mieux ainsi, se dit-il : la perpétuelle présence eût fini par user cet amour que je veux inépuisable. Je le cultiverai savamment comme une plante rare, et il est bien qu’un peu de divine amertume vienne aggraver des sentiments de cette qualité. Les êtres que l’on aime sont un peu semblables aux paysages qui ont besoin d’un peu d’éloignement pour être compris et admirés.