Mais Simone s’est levée, traduisant son exaltation intérieure par du mouvement autour de lui, un enveloppement d’elle-même, de ses gestes, de ses mots… Et à cette joie vivante qu’elle ne pouvait étouffer, Raymond comprit qu’elle non plus n’était pas aussi sûre que cela qu’il viendrait, à l’heure commandée, se coucher à ses pieds. A ce signe, il se sentit victorieux et trouva enfin les mots qui disaient l’obsession confiante de son attente et de sa solitude. Il parlait maintenant de lui, de son désir d’identification avec un être d’une perfection divinisée, qui était-elle, Simone, miraculeusement venue vers lui, pour le sauver du péché du doute…, etc…

Attirée par la musique de ces paroles, Simone était venue à son tour s’agenouiller aux pieds de Raymond, levant vers lui ses grands yeux noirs dont les pupilles agrandies disaient la ferveur de sa sensualité. Un frémissement de son corps courba sa tête sur les genoux de Raymond qui, se penchant doucement, mit un baiser sur la nuque de Simone. Elle écouta longuement la pensée de ce baiser, et puis, accrochant ses mains au cou de Raymond, elle attira sa bouche vers sa bouche. Ils burent longuement la spiritualité de leurs âmes.

Lorsque Simone releva la tête, les yeux noyés d’une eau de songe, ses cheveux s’effondrèrent sur ses épaules. Elle secoua sa belle tête pour en épandre les vagues et dit en riant :

— Les cheveux sont faits pour tomber !

Raymond noya ses mains dans cette nuit dorée et, y engloutissant son visage, en respira longuement le parfum mystique et sensuel.

Déjà ses lèvres gagnaient la chair nue des épaules et ses mains dégrafaient le corsage de Simone pour cueillir son sein ; mais Simone, saisissant les mains de Raymond, les écarta doucement du fruit secret qu’elles voulaient cueillir, et les baisant tendrement :

— Laissez-moi venir à vous lentement, afin que ma pensée soit tout envahie. Ne sentez-vous pas déjà que je suis toute à vous, Raymond ?


Raymond vécut, les deux jours suivants, avec la sensation de ce baiser, petite rose rouge et brûlante qui s’était écrasée sur sa bouche.

— Même si je ne devais jamais posséder Simone plus complètement, se disait-il, je garderais encore longtemps la sensation d’avoir pénétré dans sa pensée vivante. Et il entrait une si pure mysticité dans son amour qu’il ne désirait presque pas un plus complet abandon.