— Non, je ne veux pas te quitter une fois encore… Je ne peux pas, je ne peux plus vivre loin de toi… Si je meurs, Raymond, ce sera près de toi, clouée à ta chair comme à une croix, en me brûlant à ton désir et à ton amour…

— Quoi ? Simone, me quitter, mourir… tu me rends fou ; que veux-tu dire ? Nous nous aimons : nous ne nous quitterons jamais… jamais plus.

Et, en disant cela, Raymond avait déjà vécu la ferveur éternisée que lui offrait Simone.

— On veut nous séparer, Raymond, répondit-elle. On veut nous séparer pour que je vive… On veut m’arracher à mon divin bourreau… C’est toi le « bourreau », expliqua-t-elle, en souriant dans ses larmes.

« Écoute, et pardonne-moi la peine que je vais te faire, si tu m’aimes…

Simone avoua alors à Raymond l’état de fièvre dans lequel elle vivait depuis quelques mois, et qui souvent la faisait défaillir.

— Malgré ces faiblesses de ma chair malade, je n’ai jamais voulu me priver de venir vers toi. Tu te souviens de ce soir où je m’étais évanouie dans la voiture qui nous reconduisait chez toi et où tu me portas dans tes bras jusque sur ton divan ? O, Raymond, ce soir-là, je me suis donnée à toi avec un tel désespoir que j’aurais voulu mourir dans ton étreinte. Je savais que j’étais condamnée…

— Que dis-tu, Simone, condamnée…

— Oui, condamnée, Raymond, puisque je ne voulais pas te quitter ; je ne voulais pas obéir à mon médecin et partir — seule, ordonnait-il, — vers le soleil de la Corse ou de l’Algérie ; tout de suite.

« Ainsi, ajoutait-elle gravement, je te donne ma vie, Raymond, et lorsque je serai morte, je demeurerai à jamais dans ta pensée, associée à toute ta vie… Cette idée cruelle de la mort m’est maintenant presque douce, car je t’aurai moins perdu que si tu partais, si tu me quittais…