Raymond ne sachant comment exprimer son émotion par des mots, prit Simone contre sa poitrine, baisant ses yeux mouillés, buvant ses larmes : « Ma petite fille, répétait-il, ma petite fille. Non, ce n’est pas vrai… Je veux que tu guérisses, pour nous. Notre vie sera belle puisque nous nous aimons avec une si merveilleuse plénitude. »

Il se souvenait maintenant des défaillances de Simone dont il n’avait pas voulu s’inquiéter ; ces états de fièvre ne la rendaient-elle pas plus amoureuse, plus passionnée ? Et lorsque parfois elle s’était évanouie dans la détente de sa chair, Raymond avait admiré cette pâleur fervente immobilisée dans son étreinte. Maintenant qu’il comprenait l’héroïsme de Simone, il la trouvait plus belle encore, martyre de son amour, et, jamais plus fervemment qu’à cette minute, il n’eut le désir de posséder cette Simone nouvelle qui lui avait clamé son amour désespéré.

— Ne doute pas de moi, non plus, Simone, lui répétait-il, en l’écrasant toute contre lui : tu sais que je mourrais de ta mort…

— Il faut vivre pour moi, ajouta-t-il, pensant, dans la sincérité de son orgueil, que c’était là l’argument le plus convaincant.

Il lui parla longuement à voix basse, la caressant de ses lèvres, de ses yeux, de ses mains, de ses pensées, de ses désirs et de la musique de sa voix, jusqu’à ce que calmée et persuadée de l’indissolubilité de leur amour, elle promit à Raymond qu’elle partirait, qu’elle guérirait.

En une sorte d’hallucination fiévreuse et illuminée, elle voyait et déroulait devant eux le film de leur vie, associée désormais dans toutes ses minutes : elle avait confiance maintenant dans la vie, au moment où peut-être elle allait s’en évader.

Avec une grande lucidité et une subite volonté ardente de vivre, elle organisait les jours, les mois de l’absence, qui seraient une mutuelle et perpétuelle prière, une communion plus profonde de leurs pensées : la réelle identification de leurs deux êtres.

— Et puis, ajouta-t-elle, déjà revenue en pensée près d’un Raymond immuable dans son amour ; et puis, lorsque je serai un peu guérie, un peu sauvée, Raymond, je te ferai signe…

En prononçant ces mots, ses mains pâles faisaient dans l’air le geste d’appel qui rappelait Raymond. Debout dans sa fragile nudité, elle semblait une petite victoire, perçant le destin de la pointe rouge de ses seins.

— Oui, Raymond, je te ferai signe de toute mon âme, de toute ma chair blanche, agitée comme un drapeau dans le soleil. Tu viendras me prendre dans tes bras, et tu me porteras encore, évanouie dans mon émoi, vers la brûlure de ton amour. O, Raymond, je fondrai en toi comme une neige de tendresse accumulée… Oui, je serai encore ta neige parfumée !