—Non... mais un changement de vie complet et les émotions ont amené des complications qui ne pardonnent pas. Il y a quelques heures seulement, ce malheureux a soulevé le lourd rideau qui borne notre vue.
Le ton du docteur Cébronne était plus significatif que ses paroles, et M. des Jonchères, qui avait toujours vu son ami passionné pour les questions humanitaires, mais, par une inconséquence fréquente, presque indifférent à l'idée religieuse, se demandait avec surprise quel travail s'opérait dans sa pensée.
Bernard n'attendit pas la question pour y répondre.
—Tu essaies de creuser mon état d'esprit? Vois-tu, j'ai tant souffert depuis une semaine, que j'ai cherché un appui en moi, autour de moi... je n'ai aperçu que le vide.
—Et l'homme n'est pas fait pour le vide, je te l'ai dit bien des fois.
—Je le sais... ou plutôt je le vois! Jusqu'ici, j'avais cru qu'un homme, entraîné par la douleur dans certains courants d'idées, cédait à de simples impressions; je m'aperçois qu'il était pris par une loi impérieuse.
Cébronne se parlait à lui-même, et M. des Jonchères jugea plus sage de ne pas insister.
—Quelle semaine, Henri! quelle semaine! Il y a juste huit jours, je t'apprenais mes projets, et quelque chose d'atroce va nous broyer, nous broie déjà!
—Mais non, Bernard, dit l'avocat, navré des paroles désespérées de son ami, tu exagères! Une erreur, quelle qu'elle soit, se reconnaît, se détruit. Parlons d'elle et de nos moyens d'action.
—Oui, parlons d'elle, pauvre Gertrude! As-tu un plan à me proposer?