—Un plan qui me soit personnel, non! J'ai passé une partie de la nuit à me débattre contre l'évidence de l'accusation.

—Contre l'évidence de l'accusation!! et cependant, tu l'as vue? Et quelle incohérence! Tu viens de parler d'une erreur, à présent, tu me fais part d'un doute?

—L'incohérence s'explique; en la voyant, j'ai été convaincu de son innocence, mais, quand je me place devant les faits bruts, je change d'avis.

—Influencé à ce point!... Alors? Alors, tu renonces à la défendre?

—Allons donc! pour qui me prends-tu, Bernard?

—Le sais-je? Pourquoi es-tu découragé quand l'innocence de ma chère Gertrude est aussi certaine que ta propre honorabilité? Et enfin, quoi? Que vas-tu faire? Quel plan?

—Voici: j'ai télégraphié à un homme, que j'emploie souvent dans les affaires criminelles, de venir ici à deux heures. Nous allons lui raconter les faits sans une réflexion, sans un commentaire. N'étant influencé par rien, ni par personne, il aura une impression neuve et peut-être très différente de la mienne.

—Qui est-ce?

—Un pauvre diable intelligent, un réfractaire, comme dirait Vallès. Il a été dans l'aisance, s'est ruiné, ou plutôt, tout jeune, a été ruiné par une coquine. Depuis, il a fait un peu de tout, a même été policier, mais, ne supportant aucune discipline, est sorti de la police officielle. Je lui ai presque sauvé la vie avec des travaux d'écriture, puis, comme il a du flair et un véritable esprit d'intuition, je l'emploie pour des recherches et des contre-enquêtes. Deux ou trois fois, ses découvertes m'ont aidé à gagner la partie.

—Ma pauvre Gertrude!... Son sort entre les mains d'un tel individu!