Il regardait Gertrude dont l'expression ne dissimulait pas la plus vive souffrance.

—Je suis seul juge de mes actions, répondit-il. Vous savez, je vous l'ai dit, que je suis veuf depuis cinq ans et sans famille. J'ai donc ma liberté d'agir tout entière, et je briserai les difficultés réelles ou chimériques.

—Rien n'est chimérique, répliqua Mlle Deplémont, et ce bonheur que vous m'offrez est inacceptable. Vous êtes riche, aimé, estimé de tous, je le sais! et j'aimerais mieux souffrir indéfiniment que de jeter l'ombre du malheur sur votre vie honorable et honorée.

Ces paroles généreuses et l'accent passionné de Gertrude émurent jusqu'au fond de l'âme M. Cébronne.

—Vous parlez en femme dévouée dont j'admire depuis cinq mois le courage et l'abnégation, mais vous jugez trop vite. Encore une fois, moi, moi seul dois être juge de la situation. En avouant que vous m'aimez, vous me reconnaissez un droit sur vous, sur votre vie.

Un droit sur elle!... elle n'avait pas prévu cette réponse, lorsque, vivant en imagination la scène qui se passait alors, elle préparait ses phrases et pesait ses mots.

—Laissez-nous réfléchir, dit-elle, et revenez après-demain soir.

—Il serait si simple de vous décider aujourd'hui! La question n'est-elle pas résolue par votre aveu même?

—Il faut que nous causions seules, ma mère et moi...

L'altération croissante de ses traits et sa voix tremblante semblaient un appel à la pitié de Cébronne.