—Vous devez le croire, dit-elle simplement. Il faudrait que je n'eusse ni cœur, ni intelligence pour ne pas apprécier...
Sa voix, faiblissant, se perdit dans un sanglot.
—Alors, reprit Cébronne avec joie, il n'y a pas d'obstacle. Pourquoi pleurez-vous, chère Gertrude? Et si vous m'aimez, si vous croyez en mon amour, de quel droit briseriez-vous ma vie et la vôtre?
—Ce n'est pas moi... ce sont les circonstances.
—Ces circonstances... je dois les connaître. C'est à moi de juger si vraiment elles mettent l'irréparable entre nous. Parlez! je vous en prie! confiez-moi tout! Je suis de ceux qui savent trancher et surmonter les difficultés.
—C'est impossible! répondit-elle pendant que certains souvenirs empourpraient subitement son visage.
—Croyez à notre reconnaissance, dit Mme Deplémont d'un ton qui disait assez ses amers regrets, mais n'insistez pas; renoncez à un projet irréalisable. Quant à nous, nous n'oublierons jamais la démarche qui honore si grandement ma fille.
—Singulière obstination! répliqua Cébronne. Qui vous dit que je ne devine pas la nature de votre malheur? Ce que vous cachez...
Il s'arrêta, mais Mme Deplémont, sur un signe d'entente avec Gertrude, répondit comme si la pensée de Bernard avait été clairement formulée:
—Oui, notre résolution cache de la honte; cette honte ne nous atteint pas personnellement, ma fille et moi, mais elle pèse sur notre nom. Nous nous sommes éloignées de notre pays pour vivre ici inconnues, perdues.