—Mlle Deplémont est victime d'une machination et d'une erreur, répondit-il avec autorité, je le sais! et dans quelque temps, personne n'en doutera.

Son ton était tel que les indiscrets ne s'aventurèrent pas à insister. Mais le docteur Cébronne avait été si vivement blessé que, le soir même, il envoya sa carte pour prévenir qu'il ne continuerait plus ses soins.

Il savait bien que son attitude suscitait des débats passionnés. Il savait également que sa fermeté inspirait des doutes à ceux qui eussent cru, sans plus réfléchir, à la culpabilité de Gertrude. Jamais il n'avait autant apprécié l'autorité que lui donnaient son caractère et sa haute situation.

Ce même matin, pendant qu'il se raidissait contre sa douleur, une dame, dont il soignait la fille, le reconduisit à la porte pour lui dire d'un accent convaincu:

—Je ne croirai jamais que cette infortunée jeune fille est coupable. Quand un homme comme vous, docteur, l'aime quand même, malgré tout, c'est que sa cause est bonne. Vous la connaissez et la dites innocente, alors, pour moi, c'est vrai!

Ces paroles délicates furent un baume pour le cœur ulcéré de Cébronne, et il devait en garder une reconnaissance immense.

A la fin de l'après-midi, il fut reçu, avec un empressement, nuancé de respect, par le directeur de la prison.

—Vous aurez toutes les permissions exceptionnelles, docteur! On va vous conduire comme médecin chez Mlle Deplémont, et vous la verrez souvent. Tous les adoucissements compatibles avec les circonstances, je les accorderai.

—Merci, monsieur! je me souviendrai de cet accueil et de votre bonne volonté pour nous aider à supporter l'intolérable.

Lorsqu'il fut auprès de Gertrude, il ne put que lui prendre les deux mains en répétant d'une voix entrecoupée.