—Oui... le docteur Cébronne. Il se dit son fiancé, la proclame innocente, tient tête aux magistrats, dit-on, en un mot se conduit admirablement. Il n'y a pas de mots pour exprimer l'estime qu'il m'inspire.

—C'est vrai! appuya le visiteur. Un amour aussi désintéressé et dévoué est un bel exemple.

—Mais, reprit Aubrun, cette Mme Dion, Bion, non! Brion, que vous connaissez et employez, saura la défendre.

—Je n'emploie pas Sophie Brion, répondit le pharmacien, elle ne servait que M. de Chantepy. Une ou deux fois, comme j'étais dans un grand embarras, elle est venue mettre de l'ordre dans le magasin, mais c'était par pure complaisance, car je la connais beaucoup et depuis longtemps.

—Et elle défend Mlle Deplémont?

—Elle la défend... oui! c'est-à-dire elle soutient qu'elle n'est pas coupable, continua M. Darrault tout possédé de son sujet, malheureusement elle n'est pas un témoin à décharge, au contraire! Sa déposition, à son grand chagrin, était écrasante... Elle m'a dit à moi-même en pleurant: «Mais il fallait bien ne rien cacher... c'est une question de conscience...»

—Elle a raison... pauvre femme! Je comprends sa douleur, répondit Aubrun d'un ton dont l'ironie échappa à ses interlocuteurs.

—Voulez-vous que je vous envoie ces petits paquets, monsieur?

—Inutile! je rentre chez moi.

Il alla dîner et coucher dans un hôtel de la rue de Rennes, et passa la nuit, comme l'avait fait dernièrement M. des Jonchères, à creuser le mystère, à récapituler les événements, mais, au rebours de l'avocat, à suivre imaginairement une piste qui le conduisait, dans sa pensée, droit au but. Il employa ces heures sans sommeil à parachever son plan, à en prévoir les différentes étapes et à se bien pénétrer du rôle qu'il devait jouer.