«Si la piste est bonne, comme je le crois, j'espère marcher rondement. Mais il y a l'imprévu. Quant à la justice... bouh!...»

Il ignorait qu'une enquête avait précédé la sienne, seulement pour arriver à une conclusion diamétralement opposée.

M. Darrault, interrogé, n'avait point omis un détail qui allait devenir un point d'appui solide pour les soupçons d'un esprit prévenu comme celui d'Aubrun. Aux questions pressantes et minutieuses du juge d'instruction sur la possibilité d'un vol d'aconitine, le pharmacien avait répondu:

«Si un vol d'aconitine a été commis, ce n'est pas chez moi, c'est de toute impossibilité! Jamais la clef de l'armoire aux poisons ne reste à la serrure. Moi seul et un de mes aides pharmaciens surveillions l'armoire. Depuis que j'ai perdu cet aide, mort dernièrement, mes nouveaux aides étant très jeunes, je ne confie la clef à personne. Quant à Sophie Brion, que je connais depuis toujours, elle ne peut, en aucun cas, être suspectée...»

Ces réponses, concluantes et péremptoires, confirmaient tous les rapports favorables à la femme de charge.

Aubrun entra dans son appartement avec une vive satisfaction. Pendant la nuit, il s'était monté la tête sur les résultats certains de son plan, et il se voyait déjà arrêtant les coupables et gagnant avec aisance vingt-cinq mille francs.

Il défit ses malles, qui contenaient des emplettes faites la veille au Bon Marché, mit sous clef quelques papiers et n'entendit pas sonner sans émotion.

Il laissa sonner une seconde fois, ouvrit la porte sans empressement et introduisit une femme d'aspect éminemment respectable et correct.

—Je suis Mme Brion que vous désiriez voir, monsieur.

—Ah! parfaitement.