—L'arrestation de l'assassin du pauvre M. de Chantepy. Mlle Deplémont, d'après ce journal qui annonce l'événement pour ce matin, doit être sous les verrous.
—J'ai entendu crier la nouvelle par un camelot, monsieur! J'en suis désolée, malade. Pour moi, elle n'est pas coupable!
—Pas coupable! Comment pouvez-vous en douter? Elle est prise, pour ainsi dire, la main sur le poison, et il y a des gens assez naïfs pour nier sa culpabilité!
—Mais monsieur sait bien qu'on ne l'a pas arrêtée tout de suite?
—La justice a bien fait en s'entourant de précautions, en ne mettant aucune précipitation, mais son opinion doit être faite depuis la première heure.
Il reprit son journal, non sans remarquer la pâleur de Sophie Brion dont la main tremblait en posant une cafetière auprès de lui.
Toutefois ces signes, pour un homme qui n'eût rien suspecté, prouvaient la sincérité des paroles de la femme de charge, quand elle s'écria d'un ton très ému:
—La pauvre jeune fille! moi qui l'ai tant connue! Elle est attachante, monsieur, je vous assure! et si courageuse dans une si triste position! travaillant toute la journée pour adoucir le sort de son père!
—Précisément! elle était excédée de ce travail forcé; et puis elle a su dissimuler un mauvais fonds. C'est un fait ni rare, ni bien extraordinaire, je vous assure!
—En vérité, monsieur! Pour moi, je conserve mon idée, et ne me consolerai jamais d'un tel chagrin.