—Je le sais! et c'est pourquoi je demande un délai, très court du reste. Elle dit avoir fait un héritage; un de ses parents serait mort auprès de Blois, à Ménars. Aussitôt son retour, j'irai à Ménars entre deux trains. Si elle a menti, c'est un indice.
—Ce ne serait pas une preuve... et l'enquête sur cette femme a été minutieuse.
—L'enquête a-t-elle découvert que deux ou trois fois dans l'hiver, M. Darrault a confié son magasin à Sophie Brion, de grand matin? elle y est restée seule pour le mettre en ordre?
—Oui, je connais ce détail... Mais les poisons étaient sous clef, M. Darrault est absolument péremptoire sur ce point. Il est non moins affirmatif sur l'honorabilité de la femme de charge.
—Serait-il impossible que le pharmacien eût ignoré un incident quelconque; par exemple l'oubli de la clef dans la serrure de l'armoire aux poisons?
—Ce n'est pas impossible, mais c'est invraisemblable. Il répond de l'aide qui s'occupait seul avec lui de l'armoire.
—Oui, et cet aide est mort, dit Aubrun.
—Evidemment, reprit l'avocat, l'aconitine a été volée, mais M. Darrault affirme que le vol n'a pas pu être commis chez lui.
Ensuite si Sophie est la coupable, comment expliquer son alibi très sûr? Et elle eût prémédité aussi longuement son crime!
—Certainement, dans mes soupçons, mieux que cela, dans ma conviction, il y a des invraisemblances, mais pas plus, à mon avis, que dans l'accusation portée contre la jeune fille. Devant le juge d'instruction, M. Darrault n'a pas spécifié exactement le moment où il avait accepté les services de la femme de charge?